Née à Mont-de-Marsan, Mala Raynal, 36 ans, est d’origine hindoue : « Mon père était militaire ; quand il est arrivé en France ? _Ah ! ça, je sais pas du tout mais après sa retraite, quand j'avais sept ans, je suis partie en Inde et j’ai vécu à Pondichéry. » En octobre 2007, elle rejoint l’équipe handimarseille, depuis réunie à celle de Koinai ; un nouvel enquêteur se prête, avec elle, au jeu des questions-réponses : esquisse.
Koinai : À quel âge êtes-vous revenue en France
?
Après mon mariage, en 92. J'avais 22 ans.
K : Quel a été votre moyen de transport ?
C'est l'avion ! de transport, oui, c'est l'avion. À partir de... je sais
pas moi, quand j'étais petit, de quelle ville je suis partie ! Avant, de
Paris, parce que nous habitions à Paris.
K : Êtes-vous revenue en France tandis que vous viviez à
Pondichéry ?
Au milieu non, j’étais pas revenue.
K : Quel souvenir gardiez-vous de l'Hexagone ?
Mon plus vieux souvenir de la France, que quand j’étais petit, à
Mont-de-Marsan, on a joué dans la neige... Quand on est partis à l’école, toute
la famille, on s’est glissés dans la neige ! Mon père il a voyagé de ville
en ville : avant il était à Chartres, après il est venu à Mont-de-Marsan,
et à la fin il était en Aix-en-Provence. Et là-bas c’était notre dernier
souvenir, et après on est repartis en Inde.
K : Quand vous êtes revenue, c’était comme dans vos souvenirs
?
Non, c’était carrément changé ! D’abord, quand je suis rentrée, j’ai vu
tous les panneaux, j’ai commencé à lire (rire), eh oui ! ça a commencé
comme ça. Et petit à petit, j’ai un peu visité. En venant, j’étais restée deux
jours chez ma sœur à Paris, et je suis retournée à Marseille parce mon mari,
avant il travaillait à Marseille comme manutentionnaire, c’était DTM.
K : Arrivée à Marseille, comment avez-vous trouvé un logement
?
Y’avait la famille de mon mari à Marseille, donc dès que je suis rentrée,
j’étais un an chez son frère, après on a cherché un logement, et on s’est
installés.
K : Vous-même avez de la famille en France ?
J’en ai... trois sœurs et deux frères ; oui, ils sont tous en
France ! Y’a deux à Paris, deux à Lyon, et un à Strasbourg. Et moi je suis
dans le Sud, moi je suis au chaud !
K : Vous avez suivi des études, appris un métier, ici ou en
Inde ?
Les métiers, j'ai pas de métier. Non non, j'ai fait mes études en Inde, j'étais
en troisième. Mon niveau d'études, ici, c'est pas... Depuis que je suis mariée,
j'étais à la maison, j'ai oublié quelques détails dans les matières mais en
faisant mon oral, en pratiquant aussi, en parlant, ça arrive, quoi, ça arrive
petit à petit.
K : Vous avez déjà travaillé à Marseille ?
Non, j'ai jamais travaillé. C'est la première fois que je travaille !
K : Avez-vous suivi une formation professionnelle
?
Non, j'ai jamais fait. J'étais inscrite mais ils ne m'ont pas pris parce qu’il
paraît qu'il ne prend que des jeunes qui sortent de petits collèges, dans les
habitudes ils ne prennent que neuf personnes, et je ne pouvais pas
attendre.
K : Quel métier vous intéresse ?
Ben c'était la petite enfance, puisqu'ils prennent les jeunes qui sortent du
collège... Maintenant j'ai changé d'idée, je fais agent d'accueil. Je fais un
métier de mon niveau, quoi.
K : Votre conjoint travaille ?
Oui.
K : Il est d'origine française ou indoue également
?
Il est origine hindoue mais il est de nationalité français, comme moi.
K : Vous êtes de nationalité française parce que vous êtes née
à Mont-de-Marsan ?
Oui.
K : Vous avez la double nationalité française et indienne
?
Que nationalité français.
K : Votre mari connaissait la France lui aussi ?
Si si, parce que son père il a fait la Deuxième Guerre Mondiale, mon père
aussi, voilà. D’abord, lui aussi il est de nationalité français.
K : Vous l’avez connu à Pondichéry ?
Non ! on connaît pas, non ; ce sont les parents, c’est une mariage
arrangé. Ils sont venus demander à mes parents. Ils se sont parlés entre eux,
après ils m’ont fait venir, ils m’ont présentée, c’est ma belle-mère qui m’a
présentée ; après les parents de mon mari ils étaient contents, ils
étaient d‘accord et là, c’est à peu près deux semaines de fiançailles, et après
le mariage.
K : Qui a organisé votre mariage ?
Ben, les parents. Les fiançailles, c’est mes parents qui l’organisent, et le
mariage ce sont les parents de mon mari. Ma belle-mère, c’est elle qui
l’organise, dans une grande salle. On invite la famille, les amis, beaucoup de
monde. Avant ça, la nuit, on fait une tournée dans la rue, soit le mari, soit
la femme, la mariée ; donc, c’est moi, je suis partie dans une voiture
bien décorée en lumières, et après on m’a menée dans la salle avec les musiques
traditionnelles, des musiciens. Ils nous emmènent à la voiture, jusqu’à la
salle, et y’a des gens qui nous regardent.
K : Vous portiez un sari ?
Oui, le sari en soie. Ce sont les belles-mères, ma belle-mère qui m’achète, je
dois porter le sari. Voilà, des fleurs, en soie, c’est tout en soie, n’importe
quelle couleur, toutes les couleurs. Pour moi, c’était la couleur marron. Et
des bijoux, des fleurs tressées dans les cheveux : des roses, des muguets,
toutes sortes _ça sent bon !
K : Le point rouge sur votre front signifie que vous êtes
mariée ?
Oui. Le point rouge, ça dépend : depuis qu’on est petite, on peut porter
ça, et quand on est grand, ça dépend si on est mariée longtemps, y portent des
grandes points, et si y sont mariées un peu, y portent des petits points. Et
maintenant, ça dépend : soit y portent et ça va être de toutes les
couleurs, soit y portent pas. Deuxièmement, le point, si y ont enlevé, ça veut
dire que les maris y sont morts, y sont veuves.
K : En France, portez-vous le sari ?
Oui, quand je sors avec mon mari, je porte le sari. Mais pour travailler, je
suis obligée de...
K : En famille, en Inde, vous parliez quelle langue
?
On parle les deux, tamoul plus français. Entre les enfants, entre les frères et
sœurs on parle français, et entre les parents, la langue tamoul.
K : Vous avez appris le français petite et en Inde, vous le
parliez encore ou plus du tout ?
Oui oui, en Inde, on a suivi les cours français. Voilà, l’école française.
K : Et vous parliez l’anglais ?
Oui, quand j’étais à l’école on a parlé un peu.
K : Vous avez des enfants ?
Oui, j'ai trois enfants : la grande elle a douze ans, la petite huit ans
et le dernier elle a six ans.
K : Aujourd’hui, avec votre mari et vos enfants, vous parlez en
français ?
Oui, français.
K : Et aussi tamoul ?
Oui, un peu, puisque les enfants ils doivent comprendre un peu... Ils parlent
pas, eux, mais ils comprennent ce qu’on dit. Ils savent pas trop le tamoul,
mais ils comprend ce qu’ils disent les gens. Si ils comprennent pas, ils me
demandent.
K : Vous cuisinez hindou ?
Oui, je fais la cuisine hindoue : on fait chapatis, les tandooris, le riz
jaune, le byriani, plus les gâteaux, ça c’est bon. On fait toujours des bonnes
sortes de gâteaux pour la fête de Tibavali ; ça, c’est obligé que tout le
monde il fête, mais en plus y’a à Paris, un temple Ganesh. Là-bas, tous les
mois de septembre, ils font une grande fête. Bon, on peut pas assister parce
que les enfants ils sont à l’école.
K : Vous êtes déjà allée au temple de Ganesh pour la fête de
Tibavali ?
Avant ça, oui : pendant les vacances, à Paris, on est partis, eh ben on a
vu le temple de Ganesh, c’était bien décoré.
K : Vous avez appris à cuisiner avec votre mère
?
Oui, avec ma mère.
K : Vous apprenez à cuisiner à vos enfants ?
Oui ; que ma fille. Si mon fils il s’intéresse... Mais pour l’instant ils
sont dans les devoirs, ils sont petits, mais pendant les grandes vacances ils
viennent m’aider : « Maman, je dois faire quelque chose ? »
Alors moi je dis : « Tu coupes les oignons, tu épluches les pommes de
terre... », et elles le font.
K : Transmettez-vous des coutumes traditionnelles à vos enfants
?
Oui ! oui oui. Les coutumes indiennes, c'est... prier le Bon Dieu, la
prière, la cuisine, après je ne sais pas....
K : C’est important de transmettre la culture indienne à vos
enfants ?
Oui, c’est important, mais c’est un peu difficile pour eux. Il y a des choses
différentes, y veut pas s’adapter à la culture indienne. C’est des traditions,
les coutumes, ils arrivent pas à comprendre. Les prières, les fêtes... parce
qu’ils ont jamais assisté, dans les fêtes. En Inde, par exemple, comme les
Algériens ils ont la fête de l’Aïd, ils prennent congé, ils fêtent bien, chez
nous c’est Tibavali : on fait des pétards, on mange des bonnes choses, des
bons gâteaux, on se rassemble en famille ; ben ici, y’a quelques uns qui
viennent, les enfants ils sont un peu perturbés.
K : Comment s'adaptent-ils à cette double culture
?
Eh bè c'est un peu difficile pour eux, mais ils sont obligés d'arriver, quoi,
ils sont obligés de faire comme... comment dire ça ? mais ils s'adaptent
un peu, quoi.
K : Vous avez des loisirs ?
À part le travail, je regarde la télé, souvent, je fais la lecture. Oui, on
sort en famille un peu, samedi, à Marseille. On s’est promenés au parc
Longchamp, à la plage, et de temps en temps on va au Carrefour, on va visiter
un peu les magasins.
K : Quelle différence notez-vous quant aux relations et
comportements sociaux en Inde et en France ?
En France, ça veut dire quoi ? Mais... qu'on est un peu à l'aise, en
liberté mais en Inde, dans la famille, on doit sortir en famille, quoi. C'est
mieux ici, je pense !
K : Quelles comparaisons économiques et culturelles
établissez-vous ?
Comparaisons, au point de vue économique aussi je ne peux pas vous dire, je
sais pas et culturel, c'est différent, très différent ! Je sais pas...
mais maintenant, l'Inde est changée et devient comme la France, je peux dire
que ça !
K : Quels souvenirs gardez-vous de votre pays d'origine
?
Ce sont les sorties en famille, à l'église, au temple, porter le sari... Tout
ça ce sont des coutumes, habiller bien (rire) ! Mes souvenirs, ce sont les
cuisines, quoi encore... les magasins !
K : Qu’est-ce qui vous manque de l’Inde que vous n’avez pas ici
?
Ce sont les magasins, Oui, on trouve d’autres choses. Pas la nourriture, les
habits, les bijoux, les vêtements, ou les crèmes, les trucs comme ça. À
marseille, on en trouve un petit peu. plus les temples, puisqu’à Marseille on
n’a pas de temples, plus y’a des salles...
K : Y a-t-il des associations indiennes à Marseille
?
Ça je sais pas ; oui, j’ai bien connu, dans un quartier, ils apprennent la
danse. Mais je sais pas c’est dans quel quartier, c’est à Marseille mais je
vais voir l’affiche, si je trouve je vous apporte. Ils apprennent la danse, la
langue indi, plus les prières, je pense. C’est à peu près au centre ville, je
sais pas dans quel quartier.
K : Vous est-il arrivé d'éprouver de la nostalgie, de vous
sentir seule ?
Non, je sens pas seule parce qu'il y a ma famille ici : il y a les belles
soeurs de mon mari, il y a mes soeurs qui habitent à Paris, à Lyon, de temps en
temps on contacte, on téléphone, on parle.
K : Vous avez pu nouer de nouvelles amitiés ?
Pour l'instant oui, j'ai des amis. Je peux pas vous dire, des voisins... En
général, je rencontre si on va au magasin Carrefour, on les croise, on dit
bonjour. Mais pas par la famille, non ; par la famille on a vu des cousins
cousines, on les rencontre, et à part ça je pense pas. Y’a des gens qui voient
et qui nous dit bonjour parce qu’on est de la même origine, donc ils nous
respectent.
K : De quelle origine sont vos amis ?
Hum... de Pondechéry aussi, je ne sais pas..
K : Et des amis marseillais ?
Marseillais... Les Marseillais, je peux dire ils aiment la musique hindi :
dès qu’y nous voient, ils chantent la chanson hindi, je pense qu’y regardent
beaucoup de films hindi, ils sont bien attirés.
K : Les Marseillais connaissent la culture indienne
?
Ils sont curieux, mais je sais pas s’ils connaissent. Ils connaissent pas
trop.
K : Vous êtes en contact avec vos proches restés au pays
?
Oui oui ; mes cousins ils sont en Inde, de temps en temps je communique
quand je vais les voir en Inde, parce qu'ils n'ont pas de téléphone,
quoi : si on peut communiquer c'est par lettre, occasionnellement, deux
fois par mois.
K : Quand vous allez en Inde, vous partez en famille
?
Oui, en famille, en famille. J'accompagne... j'amène avec mon mari, on part
tous en famille. En Inde, je suis retournée en 2001, mais je compte aller
l’année prochaine.
K : Quels encouragements, bonheurs ou soutiens trouvez-vous ici
?
Pour l’instant, c’est pas ma famille qui m’a soutenue, c’est mon mari. C’est
mon mari. Parce que mon mari ici il a travaillé, il s’est fait mal au dos, donc
après ça, on a beaucoup souffert. Donc il a suivi une formation, il l’a pas
passée, mais à son côté il cherche du boulot, il arrive pas à trouver. C’est un
peu dur, alors moi de mon côté je trouve quelque chose pour nourrir les
enfants, pour payer le loyer, les trucs comme ça. Avancer, dans ma vie, que...
C’est ma volonté, voilà, je dois soutenir ma famille, je dois venir en avance,
voilà quoi, et je dois faire... je dois vivre comme les autres.
K : Vous avez des regrets ?
Non non, je n'ai pas de regrets.
K : Vos sentiments ont évolué depuis votre arrivée à Marseille
?
Oui, beaucoup beaucoup ! Je sais pas détailler parce que j'ai jamais
sorti, quoi ! Je peux dire, on voit à la télé, ben... ils ont évolué,
quoi ! Je peux trouver dans Marseille, il y a des trucs qui ont changé, et
après Marseille qui est propre, à chaque fois ils nettoient, je peux dire
ça !
K : Quels sont vos projets ?
Je sais pas, pour l'instant je suis pas capable de faire quelque chose, quoi,
je sais pas ce que je peux faire à mon niveau... Ben... je dois d'abord parler
bien le français, parce que ça fait longtemps que j'ai perdu l'habitude. Pour
l'instant ça va, je comprends ce qu'ils disent.
K : Envisagez-vous de retourner vivre en Inde ?
Pour l'instant non, mais après la retraite, si on veut rester avec les enfants,
on reste, sinon on est obligés de retourner en Inde, parce qu’on a une maison
là-bas, à Pondichéry. On peut pas laisser la maison et rester ici. Donc il faut
qu’on aille voir, visiter la maison de temps en temps. Le mois dernier, on a
perdu mes beaux-parents ; eh ben, y’a personne qui peut... de temps en
temps, cette année, ce sont les frères qui vont aller, si on peut on y va
l’année prochaine, ça s’arrange entre frères et sœurs. Ah ! moi, à mon
avis, j’aime bien rester avec les enfants. Sinon on va rester isolés, là-bas.
Y’a personne, on sera que nous deux. Et les enfants y seront là.
K : Quel est votre message à ceux qui vivent en Inde, et
aimeraient venir ici ?
Oui, je peux encourager mais c'est bien de rester en Inde. C'est dur de trouver
un travail ici ; s'ils trouvent un bon boulot là-bas !...
Propos recueillis par Célestin Karera le 18/02/08 ; rédaction : Odile Fourmillier.
Dans le cadre d’une enquête sur les
entreprises marseillaises, il m’échoit d’interviewer une tuilerie à Marseille.
Mes recherches révèlent que les anciennes tuileries de Saint-Henri, de
l’Estaque ont disparu et je trouve la société Lafarge, sise quartier
Saint-Louis. Mais, réaliser cet interview s’avère un véritable
casse-tête…
Samedi après-midi, jour de pluie et de vent,
nous avons rendez-vous Place de la Joliette, devant les Docks, pour la sortie
consacrée à l’exposition sur le projet Euroméditerranée qui fête ses dix ans.
Nous sommes accueillis par la directrice de la communication et des hôtesses
qui nous distribuent de petites fiches à remplir, puis nous grimpons dans le
bus qui va nous emmener faire la visite des sites concernés.
Je suis sorti cette fois, pour
faire une enquête sur les commerçants de la rue de la République. Cela s’est
très bien passé, moi qui suis généralement très timide... Ce boulot m’a fait
beaucoup de bien, à force de pousser toutes les portes, on se sent de plus en
plus à l’aise.
Mercredi matin, au bureau, après la
réunion, je m’installe pour effectuer la retranscription de ma toute première
interview.
Mon collègue Christophe Péridier et moi-même occupons actuellement le
poste d’assistant enquête. Ce mardi 14 février, notre responsable de
publication, Patricia Rouillard, nous a chargés d’enquêter auprès de la Police
municipale au sujet des horodateurs : la fréquence des rondes pour poser
des P.V, pourquoi cibler tel quartier et pas tel autre, pourquoi durant tant de
jours pour ensuite passer au quartier suivant, qui prend ces décisions, que se
passe-t-il en cas de saccage d’un horodateur et caetera. C’est ainsi qu’à 14h,
revenus de notre pause déjeuner, nous partîmes vaillamment à la recherche de
ces précieux renseignements. Nous étions bien loin de deviner ce qui nous
attendait !
Joël, Hana, Florence, Saïd,
Sandrine... toute l’équipe d’handimarseille.fr est prête à accueillir les
visiteurs sur son stand. Au programme : présentation du site internet
www.handimarseille.fr, rencontre avec les associations marseillaises, suivi des
conférences et des spectacles... Comment chacun a-t-il vécu ces deux jours de
rencontres et d’échanges ? Qu’en ont-il retenu ? Qu’est-ce qui les a
marqués, émus, réconfortés ?