Blog des assistants

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lundi 25 août 2008

En famille

Née à Mont-de-Marsan, Mala Raynal, 36 ans, est d’origine hindoue : « Mon père était militaire ; quand il est arrivé en France ? _Ah ! ça, je sais pas du tout mais après sa retraite, quand j'avais sept ans, je suis partie en Inde et j’ai vécu à Pondichéry. » En octobre 2007, elle rejoint l’équipe handimarseille, depuis réunie à celle de Koinai ; un nouvel enquêteur se prête, avec elle, au jeu des questions-réponses : esquisse.

Koinai : À quel âge êtes-vous revenue en France ?
Après mon mariage, en 92. J'avais 22 ans.

K : Quel a été votre moyen de transport ?
C'est l'avion ! de transport, oui, c'est l'avion. À partir de... je sais pas moi, quand j'étais petit, de quelle ville je suis partie ! Avant, de Paris, parce que nous habitions à Paris.

K : Êtes-vous revenue en France tandis que vous viviez à Pondichéry ?
Au milieu non, j’étais pas revenue.

K : Quel souvenir gardiez-vous de l'Hexagone ?
Mon plus vieux souvenir de la France, que quand j’étais petit, à Mont-de-Marsan, on a joué dans la neige... Quand on est partis à l’école, toute la famille, on s’est glissés dans la neige ! Mon père il a voyagé de ville en ville : avant il était à Chartres, après il est venu à Mont-de-Marsan, et à la fin il était en Aix-en-Provence. Et là-bas c’était notre dernier souvenir, et après on est repartis en Inde.

K : Quand vous êtes revenue, c’était comme dans vos souvenirs ?
Non, c’était carrément changé ! D’abord, quand je suis rentrée, j’ai vu tous les panneaux, j’ai commencé à lire (rire), eh oui ! ça a commencé comme ça. Et petit à petit, j’ai un peu visité. En venant, j’étais restée deux jours chez ma sœur à Paris, et je suis retournée à Marseille parce mon mari, avant il travaillait à Marseille comme manutentionnaire, c’était DTM.

K : Arrivée à Marseille, comment avez-vous trouvé un logement ?
Y’avait la famille de mon mari à Marseille, donc dès que je suis rentrée, j’étais un an chez son frère, après on a cherché un logement, et on s’est installés.

K : Vous-même avez de la famille en France ?
J’en ai... trois sœurs et deux frères ; oui, ils sont tous en France ! Y’a deux à Paris, deux à Lyon, et un à Strasbourg. Et moi je suis dans le Sud, moi je suis au chaud !

K : Vous avez suivi des études, appris un métier, ici ou en Inde ?
Les métiers, j'ai pas de métier. Non non, j'ai fait mes études en Inde, j'étais en troisième. Mon niveau d'études, ici, c'est pas... Depuis que je suis mariée, j'étais à la maison, j'ai oublié quelques détails dans les matières mais en faisant mon oral, en pratiquant aussi, en parlant, ça arrive, quoi, ça arrive petit à petit.

K : Vous avez déjà travaillé à Marseille ?
Non, j'ai jamais travaillé. C'est la première fois que je travaille !

K : Avez-vous suivi une formation professionnelle ?
Non, j'ai jamais fait. J'étais inscrite mais ils ne m'ont pas pris parce qu’il paraît qu'il ne prend que des jeunes qui sortent de petits collèges, dans les habitudes ils ne prennent que neuf personnes, et je ne pouvais pas attendre.

K : Quel métier vous intéresse ?
Ben c'était la petite enfance, puisqu'ils prennent les jeunes qui sortent du collège... Maintenant j'ai changé d'idée, je fais agent d'accueil. Je fais un métier de mon niveau, quoi.

K : Votre conjoint travaille ?
Oui.

K : Il est d'origine française ou indoue également ?
Il est origine hindoue mais il est de nationalité français, comme moi.

K : Vous êtes de nationalité française parce que vous êtes née à Mont-de-Marsan ?
Oui.

K : Vous avez la double nationalité française et indienne ?
Que nationalité français.

K : Votre mari connaissait la France lui aussi ?
Si si, parce que son père il a fait la Deuxième Guerre Mondiale, mon père aussi, voilà. D’abord, lui aussi il est de nationalité français.

K : Vous l’avez connu à Pondichéry ?
Non ! on connaît pas, non ; ce sont les parents, c’est une mariage arrangé. Ils sont venus demander à mes parents. Ils se sont parlés entre eux, après ils m’ont fait venir, ils m’ont présentée, c’est ma belle-mère qui m’a présentée ; après les parents de mon mari ils étaient contents, ils étaient d‘accord et là, c’est à peu près deux semaines de fiançailles, et après le mariage.

K : Qui a organisé votre mariage ?
Ben, les parents. Les fiançailles, c’est mes parents qui l’organisent, et le mariage ce sont les parents de mon mari. Ma belle-mère, c’est elle qui l’organise, dans une grande salle. On invite la famille, les amis, beaucoup de monde. Avant ça, la nuit, on fait une tournée dans la rue, soit le mari, soit la femme, la mariée ; donc, c’est moi, je suis partie dans une voiture bien décorée en lumières, et après on m’a menée dans la salle avec les musiques traditionnelles, des musiciens. Ils nous emmènent à la voiture, jusqu’à la salle, et y’a des gens qui nous regardent.

K : Vous portiez un sari ?
Oui, le sari en soie. Ce sont les belles-mères, ma belle-mère qui m’achète, je dois porter le sari. Voilà, des fleurs, en soie, c’est tout en soie, n’importe quelle couleur, toutes les couleurs. Pour moi, c’était la couleur marron. Et des bijoux, des fleurs tressées dans les cheveux : des roses, des muguets, toutes sortes _ça sent bon !

K : Le point rouge sur votre front signifie que vous êtes mariée ?
Oui. Le point rouge, ça dépend : depuis qu’on est petite, on peut porter ça, et quand on est grand, ça dépend si on est mariée longtemps, y portent des grandes points, et si y sont mariées un peu, y portent des petits points. Et maintenant, ça dépend : soit y portent et ça va être de toutes les couleurs, soit y portent pas. Deuxièmement, le point, si y ont enlevé, ça veut dire que les maris y sont morts, y sont veuves.

K : En France, portez-vous le sari ?
Oui, quand je sors avec mon mari, je porte le sari. Mais pour travailler, je suis obligée de...

K : En famille, en Inde, vous parliez quelle langue ?
On parle les deux, tamoul plus français. Entre les enfants, entre les frères et sœurs on parle français, et entre les parents, la langue tamoul.

K : Vous avez appris le français petite et en Inde, vous le parliez encore ou plus du tout ?
Oui oui, en Inde, on a suivi les cours français. Voilà, l’école française.

K : Et vous parliez l’anglais ?
Oui, quand j’étais à l’école on a parlé un peu.

K : Vous avez des enfants ?
Oui, j'ai trois enfants : la grande elle a douze ans, la petite huit ans et le dernier elle a six ans.

K : Aujourd’hui, avec votre mari et vos enfants, vous parlez en français ?
Oui, français.

K : Et aussi tamoul ?
Oui, un peu, puisque les enfants ils doivent comprendre un peu... Ils parlent pas, eux, mais ils comprennent ce qu’on dit. Ils savent pas trop le tamoul, mais ils comprend ce qu’ils disent les gens. Si ils comprennent pas, ils me demandent.

K : Vous cuisinez hindou ?
Oui, je fais la cuisine hindoue : on fait chapatis, les tandooris, le riz jaune, le byriani, plus les gâteaux, ça c’est bon. On fait toujours des bonnes sortes de gâteaux pour la fête de Tibavali ; ça, c’est obligé que tout le monde il fête, mais en plus y’a à Paris, un temple Ganesh. Là-bas, tous les mois de septembre, ils font une grande fête. Bon, on peut pas assister parce que les enfants ils sont à l’école.

K : Vous êtes déjà allée au temple de Ganesh pour la fête de Tibavali ?
Avant ça, oui : pendant les vacances, à Paris, on est partis, eh ben on a vu le temple de Ganesh, c’était bien décoré.

K : Vous avez appris à cuisiner avec votre mère ?
Oui, avec ma mère.

K : Vous apprenez à cuisiner à vos enfants ?
Oui ; que ma fille. Si mon fils il s’intéresse... Mais pour l’instant ils sont dans les devoirs, ils sont petits, mais pendant les grandes vacances ils viennent m’aider : « Maman, je dois faire quelque chose ? » Alors moi je dis : « Tu coupes les oignons, tu épluches les pommes de terre... », et elles le font.

K : Transmettez-vous des coutumes traditionnelles à vos enfants ?
Oui ! oui oui. Les coutumes indiennes, c'est... prier le Bon Dieu, la prière, la cuisine, après je ne sais pas....

K : C’est important de transmettre la culture indienne à vos enfants ?
Oui, c’est important, mais c’est un peu difficile pour eux. Il y a des choses différentes, y veut pas s’adapter à la culture indienne. C’est des traditions, les coutumes, ils arrivent pas à comprendre. Les prières, les fêtes... parce qu’ils ont jamais assisté, dans les fêtes. En Inde, par exemple, comme les Algériens ils ont la fête de l’Aïd, ils prennent congé, ils fêtent bien, chez nous c’est Tibavali : on fait des pétards, on mange des bonnes choses, des bons gâteaux, on se rassemble en famille ; ben ici, y’a quelques uns qui viennent, les enfants ils sont un peu perturbés.

K : Comment s'adaptent-ils à cette double culture ?
Eh bè c'est un peu difficile pour eux, mais ils sont obligés d'arriver, quoi, ils sont obligés de faire comme... comment dire ça ? mais ils s'adaptent un peu, quoi.

K : Vous avez des loisirs ?
À part le travail, je regarde la télé, souvent, je fais la lecture. Oui, on sort en famille un peu, samedi, à Marseille. On s’est promenés au parc Longchamp, à la plage, et de temps en temps on va au Carrefour, on va visiter un peu les magasins.

K : Quelle différence notez-vous quant aux relations et comportements sociaux en Inde et en France ?
En France, ça veut dire quoi ? Mais... qu'on est un peu à l'aise, en liberté mais en Inde, dans la famille, on doit sortir en famille, quoi. C'est mieux ici, je pense !

K : Quelles comparaisons économiques et culturelles établissez-vous ?
Comparaisons, au point de vue économique aussi je ne peux pas vous dire, je sais pas et culturel, c'est différent, très différent ! Je sais pas... mais maintenant, l'Inde est changée et devient comme la France, je peux dire que ça !

K : Quels souvenirs gardez-vous de votre pays d'origine ?
Ce sont les sorties en famille, à l'église, au temple, porter le sari... Tout ça ce sont des coutumes, habiller bien (rire) ! Mes souvenirs, ce sont les cuisines, quoi encore... les magasins !

K : Qu’est-ce qui vous manque de l’Inde que vous n’avez pas ici ?
Ce sont les magasins, Oui, on trouve d’autres choses. Pas la nourriture, les habits, les bijoux, les vêtements, ou les crèmes, les trucs comme ça. À marseille, on en trouve un petit peu. plus les temples, puisqu’à Marseille on n’a pas de temples, plus y’a des salles...

K : Y a-t-il des associations indiennes à Marseille ?
Ça je sais pas ; oui, j’ai bien connu, dans un quartier, ils apprennent la danse. Mais je sais pas c’est dans quel quartier, c’est à Marseille mais je vais voir l’affiche, si je trouve je vous apporte. Ils apprennent la danse, la langue indi, plus les prières, je pense. C’est à peu près au centre ville, je sais pas dans quel quartier.

K : Vous est-il arrivé d'éprouver de la nostalgie, de vous sentir seule ?
Non, je sens pas seule parce qu'il y a ma famille ici : il y a les belles soeurs de mon mari, il y a mes soeurs qui habitent à Paris, à Lyon, de temps en temps on contacte, on téléphone, on parle.

K : Vous avez pu nouer de nouvelles amitiés ?
Pour l'instant oui, j'ai des amis. Je peux pas vous dire, des voisins... En général, je rencontre si on va au magasin Carrefour, on les croise, on dit bonjour. Mais pas par la famille, non ; par la famille on a vu des cousins cousines, on les rencontre, et à part ça je pense pas. Y’a des gens qui voient et qui nous dit bonjour parce qu’on est de la même origine, donc ils nous respectent.

K : De quelle origine sont vos amis ?
Hum... de Pondechéry aussi, je ne sais pas..

K : Et des amis marseillais ?

Marseillais... Les Marseillais, je peux dire ils aiment la musique hindi : dès qu’y nous voient, ils chantent la chanson hindi, je pense qu’y regardent beaucoup de films hindi, ils sont bien attirés.

K : Les Marseillais connaissent la culture indienne ?

Ils sont curieux, mais je sais pas s’ils connaissent. Ils connaissent pas trop.

K : Vous êtes en contact avec vos proches restés au pays ?
Oui oui ; mes cousins ils sont en Inde, de temps en temps je communique quand je vais les voir en Inde, parce qu'ils n'ont pas de téléphone, quoi : si on peut communiquer c'est par lettre, occasionnellement, deux fois par mois.

K : Quand vous allez en Inde, vous partez en famille ?
Oui, en famille, en famille. J'accompagne... j'amène avec mon mari, on part tous en famille. En Inde, je suis retournée en 2001, mais je compte aller l’année prochaine.

K : Quels encouragements, bonheurs ou soutiens trouvez-vous ici ?
Pour l’instant, c’est pas ma famille qui m’a soutenue, c’est mon mari. C’est mon mari. Parce que mon mari ici il a travaillé, il s’est fait mal au dos, donc après ça, on a beaucoup souffert. Donc il a suivi une formation, il l’a pas passée, mais à son côté il cherche du boulot, il arrive pas à trouver. C’est un peu dur, alors moi de mon côté je trouve quelque chose pour nourrir les enfants, pour payer le loyer, les trucs comme ça. Avancer, dans ma vie, que... C’est ma volonté, voilà, je dois soutenir ma famille, je dois venir en avance, voilà quoi, et je dois faire... je dois vivre comme les autres.

K : Vous avez des regrets ?
Non non, je n'ai pas de regrets.

K : Vos sentiments ont évolué depuis votre arrivée à Marseille ?
Oui, beaucoup beaucoup ! Je sais pas détailler parce que j'ai jamais sorti, quoi ! Je peux dire, on voit à la télé, ben... ils ont évolué, quoi ! Je peux trouver dans Marseille, il y a des trucs qui ont changé, et après Marseille qui est propre, à chaque fois ils nettoient, je peux dire ça !

K : Quels sont vos projets ?
Je sais pas, pour l'instant je suis pas capable de faire quelque chose, quoi, je sais pas ce que je peux faire à mon niveau... Ben... je dois d'abord parler bien le français, parce que ça fait longtemps que j'ai perdu l'habitude. Pour l'instant ça va, je comprends ce qu'ils disent.

K : Envisagez-vous de retourner vivre en Inde ?
Pour l'instant non, mais après la retraite, si on veut rester avec les enfants, on reste, sinon on est obligés de retourner en Inde, parce qu’on a une maison là-bas, à Pondichéry. On peut pas laisser la maison et rester ici. Donc il faut qu’on aille voir, visiter la maison de temps en temps. Le mois dernier, on a perdu mes beaux-parents ; eh ben, y’a personne qui peut... de temps en temps, cette année, ce sont les frères qui vont aller, si on peut on y va l’année prochaine, ça s’arrange entre frères et sœurs. Ah ! moi, à mon avis, j’aime bien rester avec les enfants. Sinon on va rester isolés, là-bas. Y’a personne, on sera que nous deux. Et les enfants y seront là.

K : Quel est votre message à ceux qui vivent en Inde, et aimeraient venir ici ?
Oui, je peux encourager mais c'est bien de rester en Inde. C'est dur de trouver un travail ici ; s'ils trouvent un bon boulot là-bas !...

Propos recueillis par Célestin Karera le 18/02/08 ; rédaction : Odile Fourmillier.

mardi 19 août 2008

En-quête d'un lendemain meilleur

D'origine rwandaise, arrivé en 2004 muni d’un visa touristique, Célestin Karera, 44 ans, décide de s’installer à Marseille : « Je voyais, je ne parvenais pas à vivre les séquelles du génocide, psychologiquement ; je ne voulais plus continuer à vivre là-bas. » Au gré de sa recherche d'emploi, en janvier 2008, il rejoint l’équipe enquête de la revue. Acclimatation.

K - Venir en France, c'était un projet pour vous ?
Heu... non non, c'était pas un projet mais je venais souvent ici : d'abord en 90 pour une formation en télécommunication, en 2003 pour des contacts avec les entreprises commerciales, et en 2004 quand je suis venu comme touriste, et je suis resté.

K : Avant votre départ, qu'avez-vous ressenti ?
En fait, ce que je vivais psychologiquement, c'était très dur et je voyais qu'à cause du traumatisme, peut-être je pouvais vivre mieux ici. Et je sens que je vis mieux ici qu'au Rwanda, parce qu'ici on a l'optimisme que le lendemain sera meilleur alors que là-bas, tout peut arriver n'importe quand, n'importe comment ; c'est pourquoi je me dis que ici, même si je manque ma famille, si je manque mon environnement social, je suis bien.

K : Quelle est votre situation familiale ?
Je suis marié depuis 1990, j'ai une fille de 16 ans. Ici sur Marseille j'ai pas de famille, je suis seul. Ma famille est toujours là-bas, en Afrique.

K - À votre arrivée, quelles ont été vos premières préoccupations ?
Bon, ce que trouve l'étranger qui arrive ici : le problème de régulariser son séjour devient très difficile. J'ai commencé à chercher le papier, au début j'ai eu un titre de séjour pour un étranger malade mais depuis le mois de décembre, j'ai eu droit d'asile.

K : Vous parliez déjà la langue française ?
Oui, le français c'est la langue d'école, langue nationale au Rwanda, parce que nous avons deux langues : la langue locale, le kinérwanda, et le français .

K : Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
C'est trop, c'est beaucoup, je ne saurais pas vraiment les énumérer : on court et d'abord, quand tu es seul, le problème d'aller à gauche à droite, sans papier, sans ressource, c'est très difficile.

K : Avez-vous été aidé ?
Oui oui, quelques associations m'ont aidé et aussi quelques compatriotes rwandaises qui m'ont orienté ou aidé un peu financièrement.

K - Comment vous êtes-vous logé ?
J'ai d'abord été hébergé par des compatriotes, ensuite au foyer de l'Armée du Salut à Bougainville, et depuis décembre de l'année 2006, j'ai un appartement individuel.

K : Vous avez travaillé depuis votre arrivée ?
Pas de suite, j'ai commencé à travailler début 2006. Bon, ici je travaille comme intérimaire dans le bâtiment.

K : Comment avez-vous trouvé un emploi ?
Oh ! je me suis fait inscrire par les agences d'intérim, et puis ils m'ont donné des missions d'intérim de un ou deux mois, c'est comme ça que j'ai travaillé.

K : Où avez-vous suivies vos études, quelle est votre formation ?
J'ai fait mes études du primaire et secondaire au Rwanda. J'ai un diplôme d'instituteur, et j'ai fait des formations professionnelles.

K : Quel a été votre parcours professionnel au Rwanda ?
Je commençais à travailler en septembre 1981. J'ai travaillé deux ans dans le service de l'enseignement, au ministère de l'Éducation nationale, huit ans au service des télécommunications aux ministères des Postes et télécommunications, deux ans dans une mission des Nations Unies _à ce moment-là j'étais technicien à la radio FM_ ; encore, je travaille avec des entreprises commerciales : une qui s'appelle Sécam, et des associations d'énergie environnement avec lesquelles je collaborais : ENERWA (Energie Environnement au Rwanda), Electriciens Sans Frontières, qui a son siège à Nantes mais qui avait des projets au Rwanda, pendant huit ans, mais aussi je participais à plusieurs projets d'installations d'énergie solaire auprès des paysans, en collaboration avec les entreprises ou associations, pendant plus de dix ans.

K : À Marseille, vous avez d'autres activités ?
Quelquefois, oui, je vais dans les associations et comme je suis un peu impliqué dans le contexte de l'environnement, j'essaie de m'impliquer et de voir comment je pourrais participer localement.

K : Quel type d'hommes êtes-vous ?
Quel type ? _Je suis très cool, je dirais, c'est tout ; je suis très relax, très content, tolérant.

K : Est-il difficile de s'adapter à un nouvel environnement, à une nouvelle vie ?
Oui. Il faut un contexte, je dirais le contexte humain, il faut avoir les proches avec qui vous pouvez parler, échanger. Quand vous êtes seul, c'est très difficile.

K : Quelles sont les différences dans les relations et les comportements sociaux en France et au Rwanda ?
Y'en a beaucoup : ici, en France, les gens sont très individuels alors qu'en Afrique, les gens sont très solidaires, et puis quand les gens vous rencontrent, on se salue, on se dit bonjour, on s'entraide. Ici, même quand il rencontre quelqu'un, heu... c'est inerte, il n' y a pas de contact humain (rire)... C'est très difficile pour une personne qui a vécu en Afrique jusqu'à l'âge de 40 ans pour s'adapter à une nouvelle vie ici, au nouveau comportement humain.

K : Et dans la vie quotidienne ?
La vie quotidienne, quand j'ai du boulot ça va, mais quand je n'ai pas de boulot, que je restais chez moi dans mon appartement ou bien dehors en cherchant du boulot, ça devient un peu difficile, parce que je me demande quelquefois qu'est-ce que je vais manger, qu'est-ce que je vais payer mon loyer. En dehors de cela, bon, j'ai pas beaucoup de choses… à vous dire.

K : Avez-vous rencontré des amis ?
Oui, y’en a : j'ai un ami Camerounais, j'ai des amis Tchadiens et un, il est Marocain.

K : Conservez-vous les coutumes traditionnelles ?
Pas beaucoup.

K : Quels sont vos loisirs ?
Mes loisirs, c'est… bon, je fais la lecture, quelquefois je surfe sur Internet, en dehors je fais le jogging et les R - ballades dans les parcs.

K : Qu'aimez-vous et que n'aimez-vous pas à Marseille ?
Bè, ce qu’y a de mieux, c'est que par rapport à d'autres régions de la France, le climat est doux. Ce que je n'aime pas, c'est que c'est, je dirais, très condensé : y’a trop de maisons, on est entre les murs, on n'a pas le contact... on n'a pas de l'air ; moi qui ai travaillé longtemps auprès des paysans, les plantations des arbres, dans l'agriculture, quand je passe deux semaines sans voir le paysage, ça me manque beaucoup.

K : Quel souvenir avez-vous de votre pays ?
Ah ! il y a beaucoup de choses : ici, je ne vois que les maisons, alors que chez nous on voyait les horizons, les paysages, la nature ; ça me manque beaucoup. Quand je me rappelle les mêmes projets auprès des paysans et quand je vois la vie que je mène ici en ville, je vois qu' il y a une très grande différence. En fait, je manque le contact avec la nature.

K : Vous éprouvez de la nostalgie ?
Bof ! pas beaucoup... Bon, la nostalgie de mon pays, je manque la nature, ma famille qui est éloignée depuis plus trois ans et demie mais la nostalgie, comme j'ai quitté, je ne voyais pas pourquoi je pouvais rester, quand je suis venu je voulais rester, c'est à dire que j'avais le choix, il faut en assumer.

K : Êtes-vous en contact avec vos proches ?
Oui, je suis en contact régulier avec ma femme, ma fille, ma mère, mes soeurs et mes connaissances soit par e-mail, téléphone, très peu de courriers postaux.

K : Êtes-vous retourné au Rwanda depuis 2004 ?
Non, pas du tout.

K : Vos sentiments sur Marseille ont- ils évolué depuis votre arrivée ?
Oui, ç’a évolué parce que tout au début, j'ai habité dans le quartier du 3ème arrondissement et là où j'habite, je vois qu’y a une différence ; quand même dans les quartiers de Marseille, partout ils n'ont pas le même comportement, ça dépend du quartier là où tu habites.

K : Quels encouragements, soutiens ou bonheurs trouvez-vous ?
Ah ! nous avons plus de calme, plus de paix par rapport à la situation que nous avons vécue au Rwanda. Le Rwanda est un pays qui a connu le génocide ; les séquelles de génocide, ça décourage les gens à vivre.

K : Quel bilan tirez-vous de votre installation à Marseille ?
Jusqu'aujourd'hui, je n'ai pas un bilan quantitatif mais qualitatif : actuellement, au moins, je viens d'avoir une régularisation d'un titre de séjour à long terme.

K : Vous pensez rester à Marseille ou vous installer ailleurs ?
Tout dépendra du boulot : si je trouve du travail sur Marseille je resterai, mais si je trouve du travail ailleurs, je suis prêt à bouger.

K : Quelles sont vos rêves et vos projets ?
Mon premier rêve, c'est la réunification de ma famille, c'est-à-dire que ma fille et ma femme me rejoignent. Mon projet, c'est de travailler pour subvenir à nos besoins du quotidien, pour avoir de quoi manger, pour que ma fille parvienne à continuer ses études.

K : Quel message adressez-vous aux personnes qui ont émigré, et à celles qui souhaitent le faire ?
Bon, les gens qui ont émigré, il faut qu'ils pensent aussi à aider à ceux qui sont restés dans leur pays d'origine, ceux qui veulent le faire. Il faut aussi penser et voir pourquoi ils le font, et comment ils vont le faire : il faut pas le faire soit disant que les autres ils l'ont fait. Et tout simplement, il faut savoir que l'accueil n'est pas toujours bon.

K : Et aux Marseillais ?
Ah ! les Marseillais, vraiment, comme Marseille c'est une ville qui est habitée par les gens qui viennent de plusieurs pays, je pense qu'ils sont très tolérants.

Propos recueillis par Mala Raynal le 31/01/08 ; rédaction : Odile Fourmillier.

Premières impressions sous presse

Du nouvel assistant-enquête qui rejoint l’équipe de Koinai, expérience et préoccupations environnementales à l’esprit, appréhension des relations et des outils de travail sur le terrain. Animé par des attentes investigatrices et rédactionnelles : publier.

J'ai beaucoup admiré la libre expression de la presse française depuis mon premier séjour en France ; c'était à l'occasion d'un stage à Bordeaux, début 1990. Depuis lors, je m'intéresse à la presse : radio, télévision, journaux, et j'ai eu l'occasion de travailler avec de grands journalistes à la Radio MINUAR (Mission des Nations Unies au Rwanda) comme technicien-opérateur pendant deux ans. En intégrant l'équipe d'Ak-Publication, j'espère que je vais acquérir les connaissances fondamentales pour réaliser un article jusqu'à sa publication.

Mon premier jour de travail d’assistant-enquête pour Koinai, j'ai pu lire et apprécier les articles publiés sur les sites de l'association. Les encadrants et autres participants m'ont également initié au Mac, parce que j'étais habitué à travailler avec des ordinateurs qui ont des logiciels sous Windows. J'ai appris que les autres participants n'ont pas nécessairement des parcours journalistiques ou linguistiques. J'espère qu'avec mon profil de technicien en énergie et environnement, je pourrai faire des enquêtes sur le terrain, en vue d'en dégager des articles qui seront publiés sur le portail électronique de Koinai. Malgré les affiches, les reportages et les articles publiés régulièrement dans les journaux, j'ai constaté que toute la population marseillaise n'a pas encore pris conscience de s'investir dans le processus de tri de leurs déchets.

Célestin Karera, le 18/01/08.

lundi 18 août 2008

Migration blues

Arrivé à Marseille en juillet 2004, j'ai été accueilli par des connaissances d'origine rwandaise. Après deux semaines, j'ai eu une place au Centre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale William Booth, connu sous le nom du Foyer de l’Armée du Salut, à Bougainville. Muni d’un visa touristique d'un mois à mon arrivée, j'ai dès lors entamé le long processus de régularisation de mon séjour.

La procédure a été plus longue que je le pensais. En février 2006, mon premier titre de séjour d'un an pour étranger malade, m'a ouvert le droit de chercher du travail. J'ai décroché quelques missions d'intérim sur des chantiers bâtiments et depuis décembre 2006, j'habite un studio trouvé par les éducateurs sociaux du CHRS mais, suite à mon handicap de santé, je ne peux travailler longtemps, d'où les difficultés pour assumer le loyer et l’alimentation.

Depuis mon arrivée, j'ai fréquenté des associations qui s'occupent des personnes en précarité comme moi, et rencontré de nombreuses personnes en difficultés mais avec des parcours différents du mien. Je demandais d'abord un accompagnement pour trouver un travail qui me convienne, et une aide pour survivre. J’ai été ainsi orienté vers Résurgences et intégré l'équipe qu'ils encadrent en janvier 2008.

Ce qui me choque le plus à Marseille, c'est que je n'ai pas un réseau d'amis, avec lesquels nous pouvons nous entraider, partager nos joies et nos peines. Même dans l'immeuble où j'habite depuis plus d'un an, je ne connais personne ; une vieille voisine est décédée : je l'ai appris deux semaines après, et n'ai pas pu participer à ses obsèques pour lui rendre mon dernier hommage. Heureusement, je rencontre quelques personnes grâce à ma participation aux cultes et réunions organisées par l'Eglise du quartier et parfois, notre curé m'invite à partager un apéro ou un repas. De plus, il m'a chargé d'apporter la communion à une voisine malvoyante, à qui je rends souvent visite. Cela me permet de briser la solitude et me sentir en contact humain. Chez moi, seul, je passe ma journée devant la télé, l'ordinateur et j'écoute la radio quand je m'allonge au lit. Le curé m'invite à participer à des réunions ou à des groupes de réflexion sur l'attitude d'un chrétien face à un étranger, mais j'ai du mal à créer des amitiés avec d'autres participants ; c'était pareil avec les anciens pensionnaires du foyer et les usagers des associations que je fréquente : ici, le contact humain est très difficile par rapport à la solidarité que nous vivons en Afrique !

Les migrants de Marseille se rencontrent au sein d'associations de solidarité ou culturelles. Les membres se regroupent principalement sur la base de leurs origines et de leur domiciliation. J'espère que très prochainement, nous, les Marseillais originaires d'Afrique orientale et de la sous-région des grands-lacs (Burundi, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Uganda) nous regrouperont aussi dans une association socio-culturelle.

À Marseille, nous sommes quatre familles d'origine rwandaise, on se rencontre très occasionnellement. Mes autres connaissances habitent loin de Marseille, nous communiquons par téléphone ou par mail, très peu de visites. Heureusement que j'ai eu accès à internet depuis mon séjour au foyer, sinon j'aurais claqué à cause de la solitude. Je communique avec la plupart de mes connaissances du Rwanda, de France et d'autres pays par mail, messenger et téléphone, très peu de courriers postes _même si ça fonctionne très bien.

Quand il fait beau dehors, je me promène seul pour contempler la nature que j'adore, mais je reviens angoissé, parce que c'est à ce moment que pèsent sur moi l'éloignement avec ma famille et la nostalgie de mes origines. J'espère qu'avec mon statut de réfugié et ma carte de séjour pour dix ans, j'aurai des possibilités de regroupement familial ; ma fille de dix-sept ans et ma femme me manquent beaucoup !

Je n'aime pas le centre ville de Marseille : les piétons se bousculent entre eux avant de se disputer le passage avec les véhicules. Pourtant, j'aime les marchés quotidiens en plein air du boulevard du Prado, à la Plaine, au Cours Julien, aux Puces, qui me rappellent les marchés africains, où on peut s'approvisionner en produits frais. La diversité d'origines des vendeurs et des clients, maghrébins, européens, asiatiques, noirs, reflète bien l'originalité de Marseille, ville d'immigration où se fusionnent différentes cultures du monde depuis des générations.

Célestin Karera, le 11/02/08.

vendredi 27 juin 2008

Déboussolé !

deboussole Dans le cadre d’une enquête sur les entreprises marseillaises, il m’échoit d’interviewer une tuilerie à Marseille. Mes recherches révèlent que les anciennes tuileries de Saint-Henri, de l’Estaque ont disparu et je trouve la société Lafarge, sise quartier Saint-Louis. Mais, réaliser cet interview s’avère un véritable casse-tête…

Déjà, pour décrocher l’entretien, il faut d’abord obtenir l’accord du siège de l’entreprise, à Paris. On me donne deux noms de responsables de la CLC Communication, qui pourraient donner un accord de principe. Je les appelle et une fois encore, la personne que je demande n’est pas disponible : on me renvoie vers un autre responsable, qui me promet d’envoyer un message confirmant l’heure, la date et le nom de la personne que je vais rencontrer. Et j’attends… Les jours passent, où je consulte et reconsulte ma boîte de reception. Ouf ! enfin, je reçois un mail fixant un rendez-vous avec le directeur de l’usine à Marseille, mais l’interview a été reporté trois fois pour indisponibilité car lors du deuxième contact téléphonique, l’assistante de direction a cru que s’agissant d’une revue en ligne, l’entretien se déroulerait par téléphone.

Le jour de l’interview tant attendu arrive enfin. L’adresse consultée sur internet _ chemin de Saint-Louis au Rove dans le 15ème, le trajet est évalué à une heure environ_ et l’enregistreur prêt _ou plutôt, le croyant_, Anne, l’assistante image, et moi sommes pressés de partir pour atteindre le site avec une demi-heure d’avance. Arrivés sur la Canebière pour prendre le bus, je m’aperçois que la cassette n’est pas dans l’enregistreur !... Vite, je retourne au bureau la récupérer. Anne me dit : « Nous nous reverrons au terminus ! » Au bureau, voilà qu’Anne a changé d’idée et laissé un message : « On se rejoint à l’usine Lafarge. » Il me faut donc trouver seul le site de cette entreprise, que je ne connais que de nom : « Bon, me dis-je, une telle société doit être visible et connue dans les environs. »

Trente minutes de bus plus tard, je suis devant l’arrêt Saint-Exupéry. Il est onze heures moins dix et le rendez-vous est fixé à onze heures ; rassuré par le délai indiqué par le plan selon lequel la société est à quatre minutes de l’arrêt, je demande au chauffeur où se trouve l’usine Lafarge en lui montrant la carte que j’ai en main : « C’est juste après le premier tournant, à droite ! » Je me dirige à l’endroit indiqué. Effectivement, un arrêt mentionne Saint-Louis le Rove. Je demande mon chemin aux passants, mais aucun ne semble connaître l’usine, pas même le marchand de fleurs qui se trouve à quelques mètres de l’arrêt de bus. Je retourne donc au terminus. Là, une autre personne me dit de remonter la rue Saint-Louis et de descendre une ruelle, qui mène à un lieu où se trouve _peut-être_ l’usine. Arrivé à la rue Saint-Louis, un passant m’affirme que le Rove se trouve du côté opposé : " Vous devez revenir sur vos pas, ou prendre un autre bus. " Je rebrousse donc chemin. Longeant la rue, je croise un homme qui sort de son bureau et m’enquiers de la direction du chemin de Saint-Louis au Rove ; il m’amène dans son bureau et demande l’adresse de l’usine à sa secretaire. Celle-ci semble bien connaître le site, et je me fie à ses indications, mais constate que je suis déjà en retard de dix minutes. Je dévale le chemin de Saint-Louis au Rove, pensant qu’un retard d’un quart d’heure pourrait être admissible. Vingt minutes de descente plus tard sur ledit chemin, je m’aperçois que je me suis trompé quelque part car après le numéro 170, le numéro 172 reste introuvable sur la route que je suis et qui est bien celle signalée sur le plan. Aucun passant en vue : il me faut appeller l’usine. Heureusement, l’assistante de direction me rassure : le directeur m’attend et finalement, elle m’aide à trouver la bonne direction. En fait, le site se trouve à l’intersection du chemin de Saint-Louis au Rove et d’une autre voie que j’avais ratée, imaginant que l’usine ne pouvait s’y trouver.

Finalement, toutes ces péripéties sont effacées par l’accueil chaleureux du directeur, qui m’a même remis un livre évoquant les activités de la société depuis sa création. À l’heure actuelle, l’interview est en cours de transcription… et mon GPS, en cours d’achat. À suivre !

Indications : Claude Ranaivo, décembre 2007 ; rédaction : Odile Fourmillier ; image : Anne Muratore.

Canicule

En quête d’un nouveau contact pour la rubrique "La tête de l’emploi", je sors ce matin à la recherche d’un thanatopracteur. Un léger vent frais souffle dans les rues, et je ne me rends compte de rien ; la température augmente sensiblement tandis que la matinée se fane. Bientôt l’enfer se referme sur moi…

Arrivé à l’hôpital de la Timone, les employées de l’accueil me baladent de service en service, certaines que : "Oui, bien sûr !Un thanatopracteur fait partie de l’immense équipe." Je passe d’un bâtiment à l’autre, et la transition me saisit à chaque fois : chaud-froid, chaud-froid jusqu’à atterrir au Dépositoire où l’air est glacial. Oui, mais toujours pas de thanatomachinchose. La secrétaire a la bonne idée de m’envoyer en dehors de l’établissement pour me rendre chez deux pompes funèbres "Pas très loin", m’assure-t-elle.
Et c’est vrai. En marchant à l’ombre, cela semble une promenade de santé, surtout qu’aucune voiture ne circule. Mais je trouve porte close chez les deux enseignes qui indiquent pourtant sur leur devanture : 24h/24. "Ça c’est un peu fort !" réagit une habitante du coin à qui j’ai demandé si elle était au courant d’une modification. Tenace, j’attends devant la vitrine fleurie. Je me dis que l’employé est parti chercher son pain ou une bonne bouteille d’Évian bien fraîche et sera vite de retour. Et je fais bien, car apparaît soudain une jeune fille sortant d’une porte dérobée. Elle me reçoit, un masque de circonstance sur son visage, puis est saisie lorsque je présente ma requête. Je fais figure de maniaque obnubilé par le macabre. Qu’importe, la situation m’amuse, et je garde contenance. Cependant, ici non plus, il n’y a pas de thanatopracteur. Mais alors où se terre-t-il ce bonhomme ? Elle m’informe avec assurance que forcément il s’en trouve un à la Capelette.
Ça fait une trotte, je cogite. Et puis il fait si bon ici, entre les marbres et les fleurs artificielles. Pour un peu, je chercherais un prétexte pour rester plus longuement, faire un brin de causette.
Bon, allez Christophe, au boulot ! D’autant que je veux mordicus revenir avec une super interview. Il n’est alors pas loin de 11h30. Si je me presse, je parviendrai à intercepter mon contact avant sa pause-déjeuner. J’essaie de hâter le pas. Mais impossible. La chaleur m’accable, m’écrase comme un vulgaire insecte sur une vitre. Je suffoque. Mais je tiens bon ; je veux cette interview !
Lorsque ce satané soleil caresse ma jeune calvitie, je me rends compte alors que j’ai oublié de prendre ma casquette avec moi. Ah, je crois mourir dix fois avant d’atteindre ma cible !
Et vous savez quoi ? Ben non, pas de thanatopracteur là non plus. Acueillante, la secrétaire me reçoit aimablement et m’offre de quoi me réhydrater. L’eau n’a jamais eu aussi bon goût !

Choux blanc ! Dépité par mon échec, je finis par m’en retourner à mon quartier général, où j’use le reste de la journée à me rétablir de mon coup de chaleur.

Vécu le 17/07/06 Christophe Péridier

Dialogue de sourds

Lorsque la vieille femme se penche vers moi en ânonnant : "Comment ?", je pense avec effroi : Aïe ! Ça démarre mal !

Je suis assis sur un vieux fauteuil en cuir confortable, au milieu du salon plutôt modeste de mon interlocutrice, une nonagénaire édentée qui m’a déjà témoigné sa passion pour le vieux Marseille dans une précédente interview. Aujourd’hui, c’est la thématique "Être une femme aujourd’hui" qui me conduit vers elle. J’espère lui soutirer des souvenirs féministes qui fassent autorité sur les confidences des jeunettes interrogées par mes collègues. J’ai grand espoir de revenir chez Résurgences avec l’interview du siècle puisque cette dame a toute sa tête et raisonne avec un esprit des plus ouverts sur le monde. Malheureusement, c’est la déception qui m’attend dans cette pièce vaguement éclairée par un timide rayon de soleil. "Vous m’excuserez, dit-elle avec confusion, je n’ai pas mis mon appareil auditif ni mon appareil dentaire." "Ce n’est pas grave", je la rassure doucement avec tact. Mais si ! C’est plus grave que je n’ose le dire. Les mots chuintent à travers ses dents abîmées, et je pense que j’aurais de la chance si je parviens à comprendre ne serait-ce que la moitié des mots enregistrés par le dictaphone. À mon tour, quand je lui pose mes questions, elle tend l’oreille, fait la grimace, alors je répète une fois, deux fois, trois... Et ma charmante vieille répond à côté ! Elle me parle à nouveau de Marseille, elle s’emballe, ses yeux pétillent. Je n’ose l’arrêter dans son élan ; je dois être son unique visiteur du jour, alors avec compassion j’écoute. La chaleur est pesante. Engoncé dans ma chemise, je suffoque. Il me semble que mes pieds ont doublé de volume à l’intérieur de mes boots. Vais-je oser lui demander : "Pourrais-je ôter mes chaussures, madame, s’il vous plaît ?" Je m’égare, je n’écoute même plus ce que cette brave femme me raconte. Je songe à un bon verre d’eau fraîche. C’est quand déjà les prochaines vacances ? N’y pense même pas, me répond une petite voix intérieure. Je ressens une profonde solitude. Quand va cesser mon supplice ?

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, dit La Fontaine. Mwouais, je me demande ce qu’il aurait fait à ma place et si une nouvelle fable aurait germé de cette rencontre...

Bon, c’est pas tout ça, je parle, je parle, mais j’ai encore une retranscription à faire... Allez, pensez à moi.

Vécu le 05/06/06 Christophe Péridier

Croisière Euroméditerranée

paquebeau Samedi après-midi, jour de pluie et de vent, nous avons rendez-vous Place de la Joliette, devant les Docks, pour la sortie consacrée à l’exposition sur le projet Euroméditerranée qui fête ses dix ans. Nous sommes accueillis par la directrice de la communication et des hôtesses qui nous distribuent de petites fiches à remplir, puis nous grimpons dans le bus qui va nous emmener faire la visite des sites concernés.

Le bus se remplit, démarre, des retardataires arrivent en courant. Je constate qu’une bonne cinquantaine de personnes, plus jeunes ou plus âgées, a répondu présente à l’invitation. Le bus entame sa tournée, la directrice de la communication au micro pour nous commenter la visite et répondre aux questions posées. Nous commençons par la Place de la Joliette, où se dressent déjà des réalisations du projet, notamment les Docks et l’immeuble de France Télécom, et nous poursuivons par Arenc ; à travers les vitres tachetées de gouttes de pluie, nous pouvons voir les nombreux sites comptés par le projet : des constructions qui seront détruites pour laisser la place à de nouveaux projets, des chantiers en cours ou qui vont débuter, concernant des logements, des bureaux, quelques réalisations : une école, quelques aménagements paysagers, de grands complexes... Certains projets ne seront livrés qu’en 2010. Je suis impressionnée par la mémoire et les connaissances du projet de la directrice de com, sur toutes ces réalisations et sur tous ces chantiers futurs ou en cours, tous ces chiffres, les noms des sociétés et des architectes _ Je note qu’on a fait appel, aussi, à des architectes locaux _ La visite se poursuit sur Saint-Charles, et redescend vers les docks ; les sites de la Belle de Mai et de la rue de la République ne sont pas au programme, l’un parce que les projets intéressants sont dans des immeubles fermés, l’autre au vue des difficultés que présente la circulation. Le circuit se poursuit : constructions réalisées, chantiers, rénovations de logements, constructions de bureaux, de commerces, une esplanade et des aménagements paysagers, divers équipements... Puis, retour sur la Place de la Joliette. Là nous rentrons dans les Docks. À l’intérieur se trouve une salle consacrée à Euroméditerranée qui accueille notamment la maquette du projet, qui va nous être commentée. Un autre groupe de personnes se trouve déjà rassemblé autour, en attendant nous pouvons aller voir un film projeté, ou des panneaux muraux portant sur le projet. Le commentaire de la maquette terminé, M. Bruge, un chargé de communication que je dois interroger, se libère. J’ai le trac mais je me lance, me présente et le sollicite : finalement tout se déroule bien, malgré le fait qu’il ne puisse pas répondre à toutes mes questions, faute d’information. L’interview terminée, je rejoins le groupe autour de la maquette pour entendre une partie du commentaire, mais l’heure tourne et, bientôt, mon équipe doit partir pour regagner le bureau. Nous rentrons donc, toujours dans la grisaille, contents de notre sortie, et moi, surtout, d’avoir réalisé ma première interview. Je ne sais pas encore que la bobine n’a pas imprimé la voix de mon interlocuteur.

Odile Fourmillier, le 28/01/06.

Eurazéo veut raser

eurazeo veut raser Je suis sorti cette fois, pour faire une enquête sur les commerçants de la rue de la République. Cela s’est très bien passé, moi qui suis généralement très timide... Ce boulot m’a fait beaucoup de bien, à force de pousser toutes les portes, on se sent de plus en plus à l’aise.

J’en ai entendu des vertes et des pas mûres sur les méthodes Eurazéo. J’ai été voir le Bar snack la Joliette qui m’a demandé pourquoi on voulait parler de la rue de la République puisqu’elle n’appartient plus aux Marseillais et que tous les commerces vont fermer. J’ai senti chez cette personne une certaine résignation et une certaine colère. Ensuite je suis allé voir le Bar de la Sirène grill, implanté au numéro 110 depuis 10 ans, qui est en procès contre Eurazéo qui veut le mettre dehors pour construire une banque. Ce monsieur a cru que je travaillais pour Eurazéo et que j’étais complice, ce que j’ai pris avec humour, mais je comprends sa colère. Par la suite, j’ai rencontré un monsieur très sympa qui connaissait bien l’histoire de la rue et qui pense que le projet d’une rue très commerçante va se casser la gueule, parce que la population est pauvre. J’ai même eu affaire à une commerçante qui pensait que l’on travaillait pour Eurazéo et qui m’a carrément envoyé promener et s’est carrément enfermée dans son magasin. J’ai senti chez ces commerçants une certaine colère et une peur de trop s’exprimer. Mais moi cela me plaît et m’intéresse énormément, surtout pour résoudre mon problème de timidité. Je suis très heureux de faire cette enquête, ce nouveau boulot me plait de plus en plus, c’est parfait et je pense que je ne suis pas au bout de mes surprises. Le samedi, j’ai continué mon enquête ; je suis tombé sur une commerçante qui travaille chez Les fees optique, qui est implanté depuis 2004. Elle ne voulait pas répondre à mes questions sans avoir vérifié le site internet de la revue, en croyant que je travaillais pour Eurazéo ; elle ne voulait pas que le nom de son commerce apparaisse n’importe où, elle m’a clairement dit qu’elle pensait rester sur la rue, qu’elle s’en foutait clairement des problèmes des autres commerçants, parce qu’elle ne voulait pas avoir de problèmes. Par la suite, je suis tombé chez l’armurier qui m’a carrément incendié, en me traitant de "connard et de complice d’Eurazéo". J’ai été surpris de sa réaction et bien que je puisse comprendre sa colère, je trouve dangereux qu’il vende des armes, il ne semble pas contrôler ses nerfs... Pour continuer cette enquête, il faudra que je rase les murs parce que je n’ai pas pris d’assurance vie.

Février 2006 ; Jean Joseph Castello.

Vent de panique

magneto copy Mercredi matin, au bureau, après la réunion, je m’installe pour effectuer la retranscription de ma toute première interview.

J’ai recueilli mon premier témoignage, samedi dernier lors d’une sortie consacrée à l’exposition Euroméditerranée. J’ai franchi ce cap, littéralement initiatique, en interrogeant M. Bruge, chargé de communication. J’avais eu le trac mais tout s’était bien déroulé, et j’étais contente d’avoir passé cette épreuve.

Je m’installe donc, impatiente et curieuse du résultat. Je prends le magnétophone, le branche, mets la cassette, enclenche le bouton "play" : "essai un deux trois, essai un deux trois" puis... rien. Je fais avancer la bande, je la fais reculer, rien. Un vent de panique souffle, je retourne fébrilement la cassette°_ Sait-on jamais ? _ sur l’autre face... Toujours rien. Je réalise que mon interview n’a jamais été enregistrée : je ne comprends pas, pourtant l’essai avait été bon, pourtant je ne me souviens pas m’être trompée dans les manipulations. Mais le résultat est là, une bande obstinément silencieuse. Je suis effondrée, une fois, deux fois, trois fois je réessaie de vérifier la bande, rien.

Voilà, après ma première interview, ma première déconvenue : amère expérience ! Je gage que pour ma prochaine interview, ma vérification de l’enregistreur sera draconienne : pas question que cela se reproduise, c’est trop rageant et décevant... Courage... et vivement la prochaine !

Odile Fourmillier, février 2006.

Enquête sur les mobiles

enquete_sur_les_mobiles.jpg Mon collègue Christophe Péridier et moi-même occupons actuellement le poste d’assistant enquête. Ce mardi 14 février, notre responsable de publication, Patricia Rouillard, nous a chargés d’enquêter auprès de la Police municipale au sujet des horodateurs : la fréquence des rondes pour poser des P.V, pourquoi cibler tel quartier et pas tel autre, pourquoi durant tant de jours pour ensuite passer au quartier suivant, qui prend ces décisions, que se passe-t-il en cas de saccage d’un horodateur et caetera. C’est ainsi qu’à 14h, revenus de notre pause déjeuner, nous partîmes vaillamment à la recherche de ces précieux renseignements. Nous étions bien loin de deviner ce qui nous attendait !

Tout commence au 25 rue de la République, 1er étage, siège la Police administrative. L’immeuble est en chantier : la porte grande ouverte avec un ouvrier perché au-dessus, sur son échafaudage, d’où tombe une fine pluie d’on ne sait quoi. Faisant fi de notre peur d’être souillés par ce liquide étrange, nous nous précipitons dans le hall d’entrée, ouf ! Nous voilà à l’abri et ô miracle, secs ! Vient donc la montée des escaliers, qui fort heureusement ne sont pas en travaux, pour nous retrouver face à une porte sans sonnette pour annoncer notre présence. Léger flottement, le temps d’un échange de regards interrogatifs, puis mon collègue décide de frapper à la porte... Pas de réponse. Nous entendons pourtant des personnes discuter à l’intérieur. M. Péridier récidive donc, sans plus de succès. Un peu surpris par cette absence de réponse, je décide à mon tour de cogner à la porte, quelque peu énergiquement. Toujours personne pour nous répondre ou nous ouvrir. Bien obligés de battre en retraite, face à cette forteresse dont les occupants nous refusent l’accès, la chance nous sourit alors que nous cheminons vers la sortie : la porte s’ouvre et quelqu’un se met à dévaler les escaliers. J’intercepte vivement le monsieur d’un innocent : "Excusez-moi ! Vous venez de la police administrative ?" Obtenant une réponse affirmative, je demande donc s’il est possible d’obtenir un renseignement. "Oui, mais je suis pressé, là !" Je précise que ce ne sera pas long et j’explique que nous sommes à la recherche d’informations concernant les horodateurs et que nous avons besoin d’une adresse. Le monsieur nous répond aimablement qu’il faut nous rendre au bout de la rue de la République et qu’au lieu d’aller à droite pour remonter le boulevard des Dames il nous faut prendre à gauche jusqu’à un grand bâtiment de Police. Concluant ce bref échange par les formalités d’usage, nous continuons notre enquête.

Nous remontons donc la rue de la République, et prenons à gauche une fois arrivés à la hauteur indiquée. La chance est encore une fois avec nous : un camion de la Police municipale nous attend sagement quelques mètres plus loin. Affichant mon plus beau sourire, j’engage aimablement la conversation avec une charmante policière et lui explique brièvement qui nous sommes et quelles informations nous recherchons pour notre enquête. Et là, nous apprenons qu’il y a tout simplement un service "horodateurs" au sein de la Police municipale, et qu’il a déménagé, il y a peu, du côté du Rond Point du Prado, dans la rue Léon Paulet. "Il était dans le quartier avant, juste derrière." Quelques remerciements et politesses plus tard nous reprenons la route, bien décidés à obtenir les informations demandées par Mme Rouillard... Direction : le métro Joliette !

Quelques stations de métro plus loin... nous nous mettons en quête de la fameuse rue Léon Paulet, qui se trouve juste derrière la rue Négresko. Il a fallut effrayer une pauvre dame (malgré un sourire avenant), un peu âgée, pour obtenir le renseignement : "C’est juste là !" dit-elle en me rendant mon sourire et en pointant une rue à quelques mètres de nous. "Victoire !" pensons-nous aussitôt, et nous parcourons donc la distance nous séparant de ladite rue, le cœur léger. Arrivés devant le bâtiment abritant la "Brigade de contrôle du stationnement", nous grimpons jusqu’au deuxième étage où se situent les bureaux... pour nous retrouver devant une porte sans sonnette pour annoncer notre présence. Léger flottement, le temps d’un échange de regards interrogatifs, puis mon collègue décide de frapper à la porte... Pas de réponse. Impression de déjà-vu non ? C’est tout à fait normal ; l’Histoire se répète dit-on. En voici la preuve ! Obstinés que nous sommes, refusant de baisser les bras, nous passons à l’immeuble d’à côté qui semble héberger un "accueil" de la section "Gestion Urbaine", dépendante de la Mairie, dont fait partie la brigade sus-citée. Sur place nous attend une porte avec sonnette (ouf !) et même un interphone, muni d’une mini-caméra pour montrer patte blanche. Après avoir sonné, une dame nous demande qui nous sommes ; nous nous présentons donc et patientons comme demandé, le temps pour elle de se renseigner auprès d’un responsable. Un instant après, la dame ouvre la porte et sort pour nous annoncer qu’il faut envoyer un courrier contenant une présentation de la revue, nos intentions et nos questions avec un maximum de détails, parce que c’est administratif et que l’on ne peut pas nous répondre comme cela, que ça dépend de la Mairie. Et c’est ainsi que nous sommes repartis pour aller faire notre rapport à Mme Rouillard, sachant que nous ne pourrions pas en apprendre plus.

Ayant encore du temps et devant trouver un ambulancier pour réaliser une interview, M. Péridier a décidé de se renseigner auprès d’une personne travaillant dans une clinique vétérinaire à côté de la rue Léon Paulet, puis une pharmacienne se situant à peine plus loin, pour savoir si nous pouvions en trouver dans le quartier. Réponse lui est faite que oui, qu’une clinique se trouve rue Jean Mermoz et qu’il faut aller là-bas. Après avoir demandé à nouveau notre chemin, nous avons finalement trouvé ladite clinique, et même un ambulancier que nous interrogeons ensemble. D’allure sympathique, il répond patiemment à nos questions.

Heureux d’avoir remplis nos missions respectives, nous rentrons pour consigner les informations récoltées et retranscrire l’interview réalisée.

Michaël Brunet, février 2006

Infinis jeux de miroirs

En juillet 2007, la galerie Vol de Nuit a présenté le quatrième volet de l’exposition « La ville dans les plis, Le bruit qui court », consacré au travail de Stanislas Amand et de Stéphanie Tétu. Aux lendemains de leur visite, les assistants-enquête de Koinai livrent leurs réactions, leurs sentiments, leurs impressions et leurs questionnements éclos face aux photographies et aux textes qui les accompagnaient : retour à facettes.

« Malheureux sont ceux qui, confessant leurs sentiments, s’y assujetissent mais, plus tristes encore sont les histoires qui ne sont pas racontées, parce qu’elles n’auront jamais existé. » Hector Bertolli
Comme toujours, il s’agit d’un jeu entre réalité et fiction et il nous appartient de nous faire notre propre idée, de créer notre regard. Les choses qu’on ne voit pas, existent-elles ? Suffit-il d’inventer une histoire pour qu’elle soit réelle ? Une information est-elle vraie juste parce qu’elle est présentée à la télé, dans les journaux ? On nous propose un jeu critique, où il faut décider de croire ou pas. Alors, on en revient à l’existence : est-elle vraiment réelle ? Des images, des textes et même des personnages, donc des histoires sont proposés : à nous de voir. Pour quelques uns, les mails ont été envoyés par l’expéditeur pour répondre au besoin de dire, et ils seront convaincus de la nécessité de communiquer, de l’urgence qui anime cette personne. Et nous, nous arrêtons-nous pour lire ce qui nous est proposé ? Il était un photographe qui imaginait une histoire à raconter et voulait mêler image et écriture : deux façons d’enregistrer, de matérialiser, différents outils pour représenter la réalité. Alors, dans un coin perdu des Pyrénées, fumant sa pipe près de la cheminée, un poète a décidé de lui envoyer une lettre, un message désespéré _il lui a même fallu l’écrire deux fois pour conserver une preuve physique de son existence_ où il propose au photographe de poser pour lui en échange de portraits, ce qui lui permettra de se reconnaître. Le photographe lui répond qu’il ne peut pas faire de photos parce qu’il prépare une exposition à Marseille, mais il l’invite à créer tous les personnages de son expo.

J’ai trouvé cette première sortie en groupe assez sympa. Nous avons descendu la rue Consolat, des petits groupes se sont formés, Pierre me racontait l’histoire des immeubles, des pierres. Il y a une bonne entente entre nous.
Premières impressions visuelles : l’atelier est clair, pas très grand, il y règne un certain calme. Nous parlons à voix basse comme dans un lieu sacré, ou pour ne pas déranger. Je n’ai pas "flashé" pour une photo _sans vouloir faire de jeu de mot. Le profil de femme face à son miroir datant de 1907 de Francisek Kupka m’a plu tout de même : une femme se mettant du rouge à lèvres, s’interrogeant peut-être sur le temps qui passe, ce maquillage peinture… Trucare, écrit sur l’affiche, qui veut dire " maquiller ", me fait plutôt penser au mot " tricher ", " truquer " en fait ! Elle se fait belle pour qui, pour quoi ? Toutes ces questions sans réponses… Y a-t-il quelqu’un qui l’attend ? Le roman-photo m’a fait rire, j’ai trouvé ça plutôt génial et absurde de mettre l’objectif sur cette scène de séparation. La femme : " Ta cravate est ignoble ! " L’homme, plutôt choqué : " Ah ! bon, tu as toujours pensé ça ! " La femme de rétorquer : " Je ne représente plus rien pour toi ", sous-entendant : " Je peux enfin te dire que ta cravate est ignoble ! " L’absurdité de la scène m’amuse. Une vache sous la pluie : je dirais, grand moment de solitude ! Urinoir et W.-C. de Marcel Duchamp : cela m’a rappelé un rêve que je fais depuis des années _pas tous les soirs, quand même ! mais par période. Photo assez étrange tout de même, quelle idée ! Un caméléon, il se protège en s’assimilant immédiatement au milieu qui l’entoure. Ça me rappelle étrangement quelqu’un. Narcisse est l’inventeur de la peinture puisqu’il crée une image qu’il ne peut toucher. Il est pris entre le désir d’embrasser une image et la nécessité de se tenir à distance pour pouvoir la regarder. Je m’attendais à une autre exposition, beaucoup plus classique mais, c’était enrichissant, ça permet d’élargir son horizon, de se confronter à autre chose. Le retour s’est bien passé, nous avons pris des raccourcis par des ruelles que je ne connaissais pas.

L’exposition ne m’a pas beaucoup inspiré. En fait, je m’attendais à des photos avec beaucoup de couleurs, montrant la manière d’utiliser des zones d’ombres ou de révéler des contrastes entre le noir et le blanc, ainsi que toutes les panoplies de l’art.
Mes yeux en convalescence n’ont pas trop apprécié ce que les auteurs ont voulu transmettre, surtout que la plupart des photos étaient des noirs et blancs. Quoi qu’il en soit, quelques photos m’ont frappé : celle du caméléon, qui cherche à montrer le lien de la position "stéréoscopie frontale" de l’animal avec l’acte de guetter sa proie, traduisant la concentration de son oeil imperturbable ; c’est la réussite technique d’une bonne prise de vue. Une autre photo qui a laissé des traces dans ma mémoire, c’est L’origine du monde montrant le bas-ventre d’une femme, une image qui remet peut-être en question l’origine de l’Être humain décrite par la Bible mais, qui pourrait dans un autre lieu être la cible de toutes les critiques de la pensée humaine. En lieu et place de ces photos, je préfère celles produites par nos collègues assistants.

À travers les Lettres à une galériste, Stanislas Amand joue sur les rapports de l’art à la réalité : ceux de l’œil photographique, de la peinture et des effets croisés entre ces média. Il interroge la capacité de la photo à rendre compte de la réalité, à en traduire la complexité.
Le tableau Lipstik de Kupka : nous entrons dans la photo d’un tableau, la peinture d’une femme qui dans un miroir se peint les lèvres. On a ainsi plusieurs plans sous les yeux : à soi de faire le lien entre photo, peinture et texte. La visite développe une série d’indices autour de la rue Sainte-Marie : chez une vieille dame qui hébergeait des peintres dans les années 30, un fauteuil entre les plis duquel s’était glissé un document prouvant l’existence d’une peinture. C’est alors un jeu de piste allant de la photo au document, du document à la peinture. La métaphore du caméléon renvoie au reporter photo qui tend vers la faculté d’intégrer le milieu, de se fondre dans le sujet. Les boxeurs qui « captent » le langage photo (temps de pose, cadrage, profondeur de champ) traduisant au mieux le sujet « boxe » (geste, rythme, coup, attente), illustre l’adéquation forme-sujet. Amand cherche à exprimer l’émerveillement et le mystère par les moyens appropriés (flou, bonne distance). Les nains de jardin : pratiquant une poésie des objets quotidiens, il renvoie à de célèbres " questionneurs " (Duchamp, Ponge) pour qui tout est potentiel artistique et montre la féerie de certaines reproductions industrielles ou de formes répétées. Le roman photo, avec la cravate pour sujet central : humour grinçant sur le marché de l’art, pur agiotage qui rompt le jugement artistique. Humour et décalage dénoncent la vanité des représentations. L’exposition est un support de réflexion sur l’art. C’est un jeu trop intellectuel pour laisser libre champ à l’imagination et à l’émotion irraisonnée comme dans une exposition de photos classique. J’ai pu me sentir saturée d’informations textuelles et de références. Stéphanie Tétu photographie l’enlisement urbain des corps. Elle joue sur des effets de flous dans des bâtiments froids : contrastes.

Galerie d’impressions sur un échantillon de photos et de textes traitant de l’image photographique.
L’oeil d’un caméléon et une expression inconnue pour moi : « Devenir fou comme un caméléon sur une couverture écossaise ». Cela m’évoque un être doué pour le camouflage pour mieux approcher sa proie, ou l’art de passer inaperçu pour mieux arriver à ses fins. Mais c’est aussi un œil qui, tel un objectif photographique, bougea de façon bien particulière. Lui aussi guette sa proie mais pour des motifs moins prosaïques que le caméléon. Il utilise son oeil et l’objectif pour figer un instant du présent et le restituer, et son image semble intemporelle. Le lieu dit « La Mounine » le nom viendrait d’une petite guenon ayant sauvé un enfant, mais il m’évoque la Calanque de la Mounine, un endroit où je peux encore sentir l’odeur des pins et entendre le bruit des vagues. L’origine du monde de Courbet, en noir et blanc : pourquoi ? C’est un peu un sacrilège : en représentant dans toute sa crudité un sexe de femme, Courbet voulait exprimer toute une réalité que la couleur seule pouvait rendre. En noir et blanc, c’est faire abstraction de la vie qui est en couleur, avant tout. Photo floue d’une personne sortant de l’eau à l’Anse de Méjan, prise à travers un masque de plongée. Notre vision du monde est-elle toujours déformée par des filtres sociaux ou culturels ? Selon l’angle ou l’objectif, l’image prend un sens ou un autre. c’est peut-être aussi un certain aveu d’impuissance de celui qui constate qu’il ne pourra jamais saisir toute la réalité du monde. Photo amusante d’un urinoir et d’une cuvette de W.-C. côte à côte dans un espace réduit, restreignant l’usage improbable et simultané des deux édicules par deux personnes. Je pense aux anciens W.-C. dits "à la turque", souvenirs d’enfance, de vacances où l’on s’arrêtait dans des bars équipés de ce genre de toilettes. Texte humoristique sur un « connaisseur d’art » très occupé, selon son interlocutrice, à ponctuer sa conversation d’un « Mes couilles ! » qui, montrant une oeuvre à celle-ci, répète : « C’est très beau ! » Les deux termes sont reliés de manière ironique. On voit l’artiste face à un public amateur pas toujours éclairé mais, se prétendant connaisseur. « Max la menace » _série américaine des années 60, pour connaisseurs seulement_ et sa chaussure noire faisant aussi office de téléphone _ gadget qui fait sourire à l’heure des portables miniaturisés. Ça évoque toute une époque et une autre télévision qui n’aurait pas d’odeur, mais surtout noir et blanc qui donne à certaines fictions un air ancien. Ancien, vraiment ? On peut en douter quand on a vu, récemment, des films en couleur sur la Deuxième Guerre Mondiale ; subitement, ce temps plus lointain nous semble tout proche. L’ombre géante d’un homme sur deux façades d’immeuble : image déformée de la réalité, ou peut-être pas puisqu’elle montre la présence persistante et même inquiétante de l’être humain dans la ville. Elle me renvoie aussi à un souvenir de jeunesse : de la fenêtre de ma grand-mère, la vue de ruines de murs de la Deuxième Guerre Mondiale dans le quartier Saint-Charles, encore présentes dans les années 60. Le stade de football au pied de Notre-Dame de la Garde de nuit vivement éclairé, placé dans un espace incongru, coincé entre un grand immeuble d’habitation et une falaise calcaire. Un fauteuil ancien, au second plan une bibliothèque en désordre, évoquant un monde qui n’existe plus, alors qu’il n’est pas si vieux. Évocation d’un monde disparu que la photo fait revivre au présent.

Jaime Villalon, Marie-José Flandin, Claude Ranaivo, Anne Foti, Pierre Defleur, août 2007 ; rédaction : Odile Fourmillier.

Pas assez cossues pour le big Mec

Dans le cadre d’une recherche sur la thématique "Emploi sur Marseille et sa région", Résurgences a délégué quelques personnes sur le salon dédié aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration. Aguiché par la plaquette titrant : "Des métiers, un avenir", le groupe d’investigatrices s’est rendu joyeusement sur la plate-forme y consacrée.

Sous le ciel ensoleillé de mars, parties pour essayer de récolter le plus de renseignements possibles à ce sujet, puisque le prospectus annonçait pas mal de postes à pourvoir, les cinq déléguées (Patricia, l’une de nos rédactrices, Moufida, Samira, Dalila et moi-même) sommes rentrées bredouilles. Enigmatique ou plutôt "poudre aux yeux", l’ensemble ne nous a pas convaincues.

A notre grande surprise, le salon se tenait dans deux bus distincts. L’intérieur du premier ressemblait au bar-restaurant des nouveaux T.G.V. Nous avons gravi quelques marches en métal, semblables à celles des trains. Un jeune homme et une femme, se tenaient derrière un petit comptoir garni de gros bocaux de sucettes. Au sol, la moquette était du même bleu que celui des premières classes. L’arrière, jalonné de tabourets de bar et éclairé par trois spots de couleurs, faisait penser à une petite piste de danse. Patricia s’est adressée à l’hôtesse pour lui expliquer les enjeux de notre visite, mais la dame n’avait pas les renseignements escomptés. En revanche, elle nous a fait remplir des bulletins de jeu pour gagner de l’argent. Puis, pour nous sortir, elle nous a offert, à chacune, une sucette. Chuper ! Pas vexées, suivant les orientations données, nous nous sommes rendues sur le second site : un bus encore. Selon les dires, c’est là que nous obtiendrions les renseignements que nous espérions.

Plus spacieux que le premier, le bus contenait aussi plus de monde. A l’accueil, ils étaient trois : deux jeunes femmes et un très jeune monsieur dont le visage boutonneux trahissait la puberté. A leur tour, tentant de nous éluder, ils nous ont indiqué une borne A.N.P.E dans notre dos, et d’expliquer : " Il faut passer par là pour connaître l’embauche." Indéboulonnables, et, venues pour parler directement à des personnes concernées, nous avons infailliblement insisté pour être reçues par un humain. Orientées vers deux représentants du secteur hôtelier, nous nous entendons cette fois-ci expliquer que : "Pour être femme de chambre, il faut avoir un B.A.C+2. Aucune formation rapide ou sur le terrain n’étant envisageable." Incurables, nous contournons ces propos discriminatoires et réitérons notre requête : " Y- a -t’il quelqu’un, ici, pour nous renseigner sur les métiers de l’hôtellerie et de la restauration sur Marseille et sa région ?" Pour se débarrasser de nous, les deux compères en mode-sieste, bien décidés à continuer de faner tranquillement, ont demandé à un troisième comparse de nous recevoir.

Le Monsieur - d’un certain âge - nous a conviées à sa table joliment décorée de verres, d’assiettes et de serviettes bien pliées. Après l’ambiance boîte de nuit du premier bus, après l’accueil façon videurs de palace du deuxième poste, nous nous retrouvions, Ô magie, dans un restaurant à l’atmosphère propre et ouatée... feng shui, même, avec ses petites billes de verre, plates et transparentes et vertes, éparpillées sur la nappe de papier, façon "déco-

En guise de salutations et afin de nous assurer de son statut patronal, le Monsieur nous a servi à chacune une bonne poigne. Nous avons alors naturellement pris place autour du "Big". Ainsi débuta la ronde du chef. Assis entre Patricia et moi, il nous a beaucoup touchées : coups de coude à droite pour marquer son propos, re-coups de coude à gauche pour garder le rythme. Mais le plus vicieux de tous ces coups, fut celui de la bouche ouverte : nous avions, en effet, le privilège de sentir régulièrement de trop près, l’un des grands crus qu’il venait certainement d’ingurgiter et que son corps n’avait pas encore assimilé. Sans parler des postillons : cet homme doit adorer ses "Macs", avec beaucoup de jus ; il avait tendance, en effet, pour répondre à la question, à nous saucer chacune notre tour.

Donc, nous avons eu droit à tout un discours pour nous dire : pas de poste à pourvoir, ni de formation de courte durée ; passage obligatoire par une école hôtelière ou une formation avec qualification ; reste l’expérience professionnelle, "mais enfin, de nos jours..." Soit tout un BIG-MAC, pour conclure sur cette seule et ultime information : la S.O.D.E.X.H.O nous laisserait éventuellement postuler. Trop aimable.

Farida Ben Mohamed, avril 2002 ; rewriting : Patricia Rouillard.

Pas à pas vers la maquilleuse

Dans le cadre de mon travail d’assistante-enquête, je dois interviewer une maquilleuse professionnelle. Où la trouver ? Je n’ai pas d’idée bien précise… Mon encadrante me suggère : "À l’Opéra, pourquoi pas ? "

Au départ, la mission me semble difficile, compromise : l’Opéra me semble inaccessible. Pour moi c’est un endroit très hermétique, majestueux, où on n’entre pas comme ça. Je n’y ai jamais mis les pieds, ni la tête d’ailleurs ! L’idée chemine quelque temps, pour m’en imprégner, la faire mienne. Et je me dis : " Pourquoi pas ? Ça peut être chouette ! ", avec toujours ces hésitations, cette peur : " Est-ce que je vais y arriver, est-ce que je vais être à la hauteur ? " Il me faut du temps, un temps où la réflexion s’élabore, un temps de transition avant de me lancer vers l’inconnu, avant de passer à la phase des démarches concrètes, à savoir : décrocher le téléphone… À partir de là, je ne peux plus reculer : eh oui, je dois avancer, parce que je me donne des objectifs et je dois " assurer ", comme on dit.

Je passe donc à la phase active. Il fallait TÉLÉPHONER. Prendre contact, s’expliquer… Le numéro, je le cherche d’abord sur le bottin, chez moi, rassurée par mon environnement familier. Je le note sur un post it et le mets dans mon sac pour m’en servir le lendemain, au travail. Tout ça, c’est tout un "rituel", j’ai besoin de cette phase de préparation pour apprivoiser ma peur. Après ça je la transcende, cette peur. Le matin, quand j’arrive au travail, je suis quand même stressée, alors je m’attèle tout de suite à la tâche pour m’en " débarrasser " _ le mot " débarrasser " est un peu fort puisqu’en fait ça me plaît, quand même, je suis motivée par le challenge, l’objectif d’une réussite, d’en être capable. Je prends le téléphone et m’isole dans la pièce à côté : ah oui ! si on m’entend, on va m’écouter, je vais bégayer, chercher mes mots… Je m’isole donc _enfin, pas si isolée que ça, il peut y avoir du passage, mais tant pis, je n’ai pas le choix. Je dois m’adapter parce que je l’ai voulu, ce travail, je l’ai choisi librement et en fait, la liberté c’est choisir ses contraintes.

J’ai l’appareil dans les mains, le cerveau un peu vide, je suis sans états d’âme pour me préparer à me présenter, à expliquer le pourquoi de cet appel. Je compose le numéro et c’est là que ça bascule d’un coup : toc ! ça décroche ! Je me présente donc : "Bonjour, je suis enquêtrice pour une revue numérique… " C’est le gardien _bien sympathique d’ailleurs, ça détend, ça aide_ qui me répond : il faudra rappeler plus tard pour avoir la personne de l’accueil. Ouf ! C’est à recommencer, rappeler, me re-présenter, me ré-expliquer… passer par toutes ces personnes intermédiaires, autant de stress, en fait, tant qu’on n’a pas la bonne personne au bout du fil. Donc, un peu plus tard, nouvel appel téléphoniques, nouvelles explications, on me passe le standard : ré-explications, et la secrétaire _gentille et compréhensive_ me dit que ce n’est pas de son ressort, que c’est la responsable de l’atelier de couture qu’il faut contacter. Elle me donne ses coordonnées et j’appelle de suite : je retombe sur le gardien qui me dit qu’elle _la responsable de l’atelier couture_ est en réunion jusqu’à 15 heures. Après 15 heures donc, je repasse par le gardien qui me dit d’essayer plus tard car la réunion se prolonge… C’est vers 17 heures, finalement, que j’ai la bonne personne au téléphone _Enfin, ça y est ! J’y suis arrivée !_, Madame Katia Duflot. Je me re-présente, je me ré-explique… Elle, très directe : " Oui oui, aucun souci, aucun problème pour l’interview, mais c’est fermé tout l’été, ils sont tous en congés, ça sera pour septembre. "

Je suis très surprise qu’elle m’ait dit oui aussi facilement, sans me poser davantage de questions, mais je suis un peu déçue : je pensais qu’elle allait me donner rendez-vous dans la semaine, ou celle d’après… Me mettre dans tous ces états pour ensuite, patienter deux mois, deux mois d’attente ! Mais, génial : mon interview, je vais le faire.

Marie-José Flandin, le 17/08/07.

Bilan Handicap

Lorsqu’on nous a demandé de travailler sur la thématique du handicap, il y a cinq mois de cela, mes collègues et moi-même nous nous sentions quelque peu dépassés. Heureusement nous avions préalablement défini avec le directeur de la publication :
- Trois angles d’études (l’accessibilité, la vie affective et le regard croisé, c’est-à-dire comment les handicapés ressentent le regard des valides et quel regard eux-même portent-ils sur celui-ci) ;
- Un public-cible pour les interviews (les personnes atteintes d’un handicap physique lourd) . Pour savoir où l’on allait, nous avons commencé par faire le point sur notre état d’esprit par rapport à la question afin de garantir la plus grande objectivité possible et par nous informer sur les différents aspects de la question via le réseau informatique. Ce qui nous a permis d’élaborer un certain nombre de questions chacun de notre coté, avant d’en débattre pour un questionnaire type suffisamment complet. L’élaboration de ce questionnaire a été nécessaire pour mener à bien nos interviews. Le but recherché étant de recueillir des témoignages sur les problèmes quotidiens que rencontrent les personnes handicapées. Encadrés par une équipe de rédacteurs, les aides documentalistes dont nous faisons partie, allons par notre autonomie, multiplier les prises de contact. C’est en allant à la rencontre de ces gens non valides, que nous pouvons comprendre qu’il existe vraiment une barrière (terme employé le plus souvent). Nous avons travaillé de concert sur le traitement des premiers témoignages - histoire de faire la main - afin de bien les mettre en forme, en corrigeant les maladresses de style, en trouvant un titre approprié, en soignant la mise en page, etc. La technique étant bien rodée, les témoignages de personnes handicapées, de leur entourage ou encore, de responsables associatifs, contactés tantôt par l’intermédiaire de relations, tantôt lors de divers événements (manifestations, salons et forums) ou encore dans les pages de l’annuaire social. Plusieurs instituts, voire des maisons spécialisées se tiennent à disposition pour améliorer l’autonomie des personnes handicapées. Elles les aident à sortir de leur solitude imposée par leur handicap. Malheureusement certains établissements n’ont pas toujours été réceptifs. Nos requêtes n’ayant pas été prises en considération. Nullement découragés, nous avons accumulé les articles de fond, par le biais d’ouvrages et de sites spécialisés. À ce propos, je tiens à insister sur la nécessité d’être attentif à l’actualité (jeux paralympiques, loi de modernisation sociale, etc). Au bout de quatre mois d’enquête, nous avons constaté la nécessité d’un contrepoint médical sur la question, et nous nous sommes mis en quête de divers spécialistes (psychologue, psychomotricienne, ergothérapeute, kinesithérapeute...). Entre temps, nous avons avec patience réussi à visiter quelques structures d’accueil, mais en élargissant notre public à d’autres catégories de handicap, car les associations concernent souvent un public varié et plutôt déficient intellectuel que physique. Pour finir et, pour ainsi dire, boucler la boucle, nous avons rédigé un bilan de notre travail (celui-là même que vous êtes en train de lire) et de nos impressions personnelles.

Joseph OUAZANA, Salima TALLAS, Laurent MARCELLIN, Amina HAMADI

Le 28/02/2005

Retour sur... le Forum Marseille Handicap

handimarseille logo Joël, Hana, Florence, Saïd, Sandrine... toute l’équipe d’handimarseille.fr est prête à accueillir les visiteurs sur son stand. Au programme : présentation du site internet www.handimarseille.fr, rencontre avec les associations marseillaises, suivi des conférences et des spectacles... Comment chacun a-t-il vécu ces deux jours de rencontres et d’échanges ? Qu’en ont-il retenu ? Qu’est-ce qui les a marqués, émus, réconfortés ?

Joël Barthelemi : “ Ces deux jours m’ont vraiment apporté quelque chose de fort sur le plan relationnel. Je pense à cette jeune fille handicapée perdue sur sa chaise roulante ; il fallait bien que quelqu’un fasse quelque chose pour la sécuriser, pour lui apporter du réconfort malgré son angoisse. Il y a eu cette dame qui m’a parlé de sa jeune fille handicapée de naissance. Elle vient chaque année depuis la création du Forum. On a discuté pendant une heure environ. La solitude dans le handicap était très présente parmi toutes ces personnes, mais je crois qu’elles dégagent quelque fois un sentiment d’aimer plus la vie que les gens valides. ”

Saïd Djaafar : “ Ces deux journées m’ont permis de saisir que le handicap est tout un univers qui rassemble des talents, des génies, des artisans et artistes. Il faut veiller au respect de leurs droits et de leurs besoins. Je suis absolument opposé à toute loi qui crée des inégalités, des injustices et qui déchire la société, en éparpillant les minorités. J’étais heureux au Forum, avec humilité. J’éprouvais un peu de tristesse et de honte à ne pas pouvoir offrir le meilleur. Parfois j’avais les larmes aux yeux, je m’isolais un peu pour cacher mon émotion, car on ne peut pas tout expliquer. Les besoins des personnes handicapées sont réels et multiples. On ne peut pas accuser l’Etat ou les structures de ne pas faire assez, néanmoins nous devons tous retrousser la chance pour cultiver le jardin. ”

Hana Rafrafi : “ Les deux jours passés sur le Forum m’ont apporté un plus au niveau du contact relationnel avec les personnes. J’ai assisté à la pièce de théâtre "Ça va", par la compagnie "Tétines et Biberons", dans laquelle jouaient des personnes valides et handicapées. Ça m’a vraiment émue. Des enfants handicapés venaient au Forum en groupe avec leur responsable, on pouvait voir le sourire sur leur visage, ils avaient l’air contents d’être là. ”

Florence Latreille : “ Lors du Forum, j’ai été en contact avec les gens du stand Tourisme et Handicap qui travaillent à l’homologation des lieux touristiques qui le demandent. Ils regrettent de ne pas être plus connus par les structures qui pourraient en avoir besoin. Ils étaient très dynamiques. Je sentais que ça faisait longtemps qu’ils travaillaient ; ils étaient parfaitement à l’aise dans toutes les situations. Il y avait parmi eux une femme en fauteuil qui donnait l’impression qu’elle allait se lever à tout moment, comme si elle était installée dans un siège au milieu de l’allée. Elle connaissait tout le monde. Elle avait un carnet de rendez-vous plein. Son collègue se promenait dans les allées et faisait le beau parleur. Il avait déjà travaillé pour plusieurs organismes s’occupant de personnes handicapées. A la sortie, je l’ai croisé sur le chemin ; il s’aidait d’une canne pour avancer. Je ne l’avait pas remarquée avant. En fait il était aveugle. Je ne m’en étais pas rendu compte. Sa posture toute entière disait : « Je me sens bien là où je suis. » ”

jeudi 26 juin 2008

Notre bilan

Lorsqu’on nous a demandé de travailler sur la thématique du handicap, il y a cinq mois de cela, mes collègues et moi-même nous nous sentions quelque peu dépassés. Heureusement nous avions préalablement défini avec le directeur de la publication :
- Trois angles d’études (l’accessibilité, la vie affective et le regard croisé, c’est-à-dire comment les handicapés ressentent le regard des valides et quel regard eux-même portent-ils sur celui-ci) ;
- Un public-cible pour les interviews (les personnes atteintes d’un handicap physique lourd) .

Pour savoir où l’on allait, nous avons commencé par faire le point sur notre état d’esprit par rapport à la question afin de garantir la plus grande objectivité possible et par nous informer sur les différents aspects de la question via le réseau informatique. Ce qui nous a permis d’élaborer un certain nombre de questions chacun de notre coté, avant d’en débattre pour un questionnaire type suffisamment complet. L’élaboration de ce questionnaire a été nécessaire pour mener à bien nos interviews. Le but recherché étant de recueillir des témoignages sur les problèmes quotidiens que rencontrent les personnes handicapées. Encadrés par une équipe de rédacteurs, les aides documentalistes dont nous faisons partie, allons par notre autonomie, multiplier les prises de contact. C’est en allant à la rencontre de ces gens non valides, que nous pouvons comprendre qu’il existe vraiment une barrière (terme employé le plus souvent). Nous avons travaillé de concert sur le traitement des premiers témoignages - histoire de faire la main - afin de bien les mettre en forme, en corrigeant les maladresses de style, en trouvant un titre approprié, en soignant la mise en page, etc. La technique étant bien rodée, les témoignages de personnes handicapées, de leur entourage ou encore, de responsables associatifs, contactés tantôt par l’intermédiaire de relations, tantôt lors de divers événements (manifestations, salons et forums) ou encore dans les pages de l’annuaire social. Plusieurs instituts, voire des maisons spécialisées se tiennent à disposition pour améliorer l’autonomie des personnes handicapées. Elles les aident à sortir de leur solitude imposée par leur handicap. Malheureusement certains établissements n’ont pas toujours été réceptifs. Nos requêtes n’ayant pas été prises en considération. Nullement découragés, nous avons accumulé les articles de fond, par le biais d’ouvrages et de sites spécialisés. À ce propos, je tiens à insister sur la nécessité d’être attentif à l’actualité (jeux paralympiques, loi de modernisation sociale, etc). Au bout de quatre mois d’enquête, nous avons constaté la nécessité d’un contrepoint médical sur la question, et nous nous sommes mis en quête de divers spécialistes (psychologue, psychomotricienne, ergothérapeute, kinesithérapeute...). Entre temps, nous avons avec patience réussi à visiter quelques structures d’accueil, mais en élargissant notre public à d’autres catégories de handicap, car les associations concernent souvent un public varié et plutôt déficient intellectuel que physique. Pour finir et, pour ainsi dire, boucler la boucle, nous avons rédigé un bilan de notre travail (celui-là même que vous êtes en train de lire) et de nos impressions personnelles.

Joseph OUAZANA, Salima Tallas

Le 28/02/2005

info ps

Vous pourrez consulter le site de l’émission "Arrêt sur images" consacrée aux handicapés à l’adresse suivante : http://www.france5.fr/asi/006869/15/

Et aussi l’édition du "13 heures" de France 2 du 16 décembre : http://le13heures.france2.fr/index....

Handicap et Télévision

Comme chaque année, j’ai suivi avec une attention variable le marathon télévisuel du Téléthon, ce "14 juillet en hiver", comme on l’appelle souvent, qui peut aussi rappeler par certains aspects les cérémonies des télévangélistes américains. Comme chaque année, j’ai ressenti une impression ambiguë, que je n’arrivais décidément pas à définir ...

C’est fort à propos que, dimanche 12 décembre, Daniel Schneidermann et l’équipe de "Arrêt sur Images" consacraient la seconde partie de leur émission à la thématique suivante : "Handicapés : souriez, vous êtes filmés !". On pouvait y voir une étudiante handicapée, mais pas la langue dans sa poche, descendre en flamme le Téléthon, accusé de ne montrer que des handicapés souriants et de masquer l’inertie des pouvoirs publics et des grands laboratoires. Sur ce dernier point, je tiens à tirer mon chapeau à Gérard Jugnot, parrain de la dernière édition du Téléthon qui, au cours des trente heures de direct, n’a pas raté une occasion de dénoncer, non sans malice, le mercantilisme des fabricants de cosmétiques, qui négligent de chercher des traitements pour les victimes de maladies rares, alors que ces dernières "le valent bien".

L’invitée d’ "Arrêt sur images" se demandait aussi pourquoi les médias voulaient à tout prix stigmatiser le handicap, comme s’ils se refusaient à imaginer que l’on puisse vivre handicapé et heureux. Pour elle, le mot d’ordre pourrait être : "À bas le misérabilisme !" Mais le Téléthon ne fut pas le seul à trinquer lors de ce débat. "Ça se discute" a aussi eu droit à une critique très vive pour son côté voyeur et pour l’absence de prise de distance critique sur les problèmes évoqués, sa consensualité systématique.

La télévision, pour notre jeune polémiste, ne serait capable de concevoir les handicapés que comme de pauvres victimes ("des mendiants" dit-elle) ou des héros, mais pas comme des gens normaux. Ainsi, le principal problème des handicapés serait lié au rejet de la société envers tout ce qui rappelle notre faible condition. Il résiderait dans l’état social des handicapés, plutôt que dans leur état physique lui-même, avec lequel ils pourraient vivre plus facilement si la société acceptait d’intégrer cette réalité. Le handicap physique ne serait, somme toute, pas plus terrible que le chômage ou toute autre situation pénible, pouvant toucher tout un chacun. Pour résumer son propos, investir dans la recherche médicale ne nous dispense pas d’être plus ouverts aux différences.

On n’a pas souvent l’occasion d’entendre un tel discours sur les ondes télévisuelles françaises. Cependant, j’aimerais apporter un contrepoint en signalant que la question du handicap semble n’avoir jamais été aussi présente dans les médias généralistes (journal télévisé et fictions) que ces derniers mois. Sous des angles pas toujours conventionnels, comme récemment sur France 2, où Christophe Hondelatte recevait à la fin du "13 heures" une jeune femme tétraplégique qui, afin de se réapproprier son corps, s’était mise à poser pour des photographes (en se faisant aider pour adopter telle ou telle position devant l’objectif). Et cela, non en tant que personne handicapée, mais pour des photos de nu artistique, comme des modèles valides. Pour justifier son choix de ne pas poser en fauteuil, elle déclarait qu’elle ne vivait pas dans son fauteuil mais que celui-ci lui servait simplement à se déplacer, "comme une paire de chaussures".

Pour en revenir au Téléthon, est-il une survivance de la télévision à l’ancienne ou au contraire une émission représentative de notre temps, qui vise toujours la surenchère ? En effet, comment ne pas admirer la télévison et ses animateurs qui osent une programmation aux antipodes des usages télévisuels en vigueur de nos jours (trente heures non stop...) ? Ainsi que pour tous ces bénévoles mobilisés à travers la France ? Ou encore pour les Français, qui font chaque année des promesses de dons toujours supérieures et qui les tiennent très largement le moment venu ? Mais comment ne pas être, par ailleurs, mal à l’aise devant cette course au record de dons, qui prend des allures de vente aux enchères d’une dose de bonne conscience, notamment de la part des grandes entreprises qui, le reste de l’année, privilégient la Bourse par rapport à la vie. Et pourtant, on ne peut s’empêcher de participer à cette frénésie qui tend à transformer la générosité en spectacle, en scrutant avec anxiété le compteur géant. Heureusement tout de même, sinon comment la recherche sur ces maladies rares pourrait-elle progresser privée de ce financement ?

Je dirai, pour conclure, qu’il faut être attentif à améliorer le sort des personnes handicapées tant sur le plan médical que d’un point de vue social, les accepter en tant que personnes et citoyens à part entière, tout en les aidant à (re)trouver un état pleinement valide. Elles y ont droit aussi. Pour reprendre les mots de Gérard Jugnot, "elles le valent bien".

mercredi 25 juin 2008

Découverte d’un Centre d’Aide par le Travail

En ce matin de décembre, nous étions une poignée de documentalistes de Koinai à visiter un Centre d’Aide par le Travail, que l’Annuaire Social définit comme un "établissement médico-social offrant aux personnes handicapées des activités productives et des soutiens sociaux, éducatifs, médicaux et psychologiques qui conditionnent leur exercice ...".

L’association "La Chrysalide" gère plusieurs Centres d’Aide par le Travail (CAT), dont celui des Pins, créé en 1966, ce qui en fait le plus vieux de Marseille. À l’époque, il était implanté à l’avenue de la Panouse, dans le neuvième arrondissement. En 2004, il a été transféré dans le quartier de Bonneveine, impasse du Pistou.

Il emploie actuellement 129 personnes, pour des travaux d’électronique, de tôlerie, de conditionnement alimentaire et d’horticulture. Le CAT des Pins n’emploie que des personnes déficientes intellectuelles modérées. Leur moyenne d’âge est d’une quarantaine d’années, certains travaillant au CAT depuis sa création.

Les candidats sont orientés vers le CAT par des psychologues, qui étudient la possibilité pour eux de travailler et définissent le secteur et l’atelier appropriés. Après une période d’essai de six mois, la COTOREP décide si l’orientation est maintenue, et valide alors l’admission au CAT. Certains sont passés auparavant par des structures spécialisées pour enfants et adolescents handicapés, tels que les Instituts Médico-Éducatifs (IME) ou Médico-Professionnels (IMPro). Les plus dépendants sont en internat, les autres sont externes. Ces derniers rejoignent leur lieu de travail en empruntant les transports en commun, ainsi que le font des millions de travailleurs lambda chaque jour en France, ou pour les moins autonomes d’entre eux, par navettes spéciales, affrétées par des organismes tels que Médisud. Ils travaillent soit à temps plein (32 heures hebdomadaires), soit uniquement les après-midi (16 heures par semaine) et sont rémunérés à hauteur du SMIC, dont la moitié environ est versée par le CAT et le reste par les pouvoirs publics. Les travailleurs sont encadrés par des moniteurs dûment formés. Le nombre de ces derniers est limité, dans la mesure où ils sont rémunérés sur le budget attribué par la DDASS. Travailleurs et moniteurs sont représentés par des délégués au sein d’un Conseil à la Vie Sociale.

Pour prévenir tout risque d’accident, un responsable Hygiène et Sécurité extérieur à l’établissement (ce qui permet un regard distancié) vient régulièrement effectuer des audits techniques, notamment sur les machines-outils employées dans les ateliers. Si, malgré tout, un accident survient (ce qui semble très rare, d’après ce que nous a expliqué notre guide), une enquête est effectuée afin d’en identifier les causes, de façon à prévenir toute récidive. À ce sujet, j’ai remarqué, lors de notre visite de l’atelier de tôlerie, plusieurs affiches invitant les ouvriers à se laver les mains, à mettre des gants, etc.

Les travailleurs les moins handicapés sont affectés, dans la mesure du possible, à des tâches polyvalentes. Les employés effectuent régulièrement un bilan de compétences avec un psychologue et une psychomotricienne. Les familles de bénéficiaires participent annuellement à une réunion d’information. Par ailleurs, des journées portes ouvertes sont régulièrement organisées. Pour se changer les idées, les employés disposent d’une salle de détente où ils peuvent, par petits groupes, utiliser notamment un ordinateur ou des jeux de construction leur permettant de développer leur perception de l’espace.

Les produits qu’ils assemblent (appareils électroniques, boîtes remplies de gommes à mâcher, bâtonnets de réglisse naturelle calibrés pour les broyeuses d’un producteur d’apéritifs, etc.) sont ensuite utilisés par des entreprises avec lesquelles le CAT a signé des contrats. Celles-ci peuvent ainsi bénéficier de réductions sur leurs cotisations à l’AGEFIPH (dont s’acquittent les entreprises employant moins de 6% de travailleurs handicapés dans leurs effectifs). Mais, pour passer contrat, le CAT met surtout l’accent sur la qualité du travail effectué.

L’objectif à terme des CAT est de permettre l’intégration des travailleurs handicapés en entreprise. C’est pourquoi ils vont parfois passer quelques heures dans les entreprises partenaires, accompagnés de leurs moniteurs. Les plus autonomes se voient proposer de passer en Atelier Protégé, où leur statut correspond à celui de n’importe quel salarié. Les plus âgés se voient orientés, après le CAT, vers un Foyer d’Accueil Médicalisé (également géré par La Chrysalide).

Depuis quelques années, les subventions versées aux CAT diminuent, ce qui les oblige à accroître leurs ressources propres pour s’assurer d